Western-union

CRISE FINANCIERE ET TRANSFERT D’ARGENT AU BENIN

Fraternité du 14 mai 2009

Baisse des opérations dans les agences de transfert et de change

Les agences de transferts d’argent au Bénin connaissent une baisse drastique de leurs opérations et de chiffres d’affaires… Western Union, MoneyGram, bureaux de change et même les cambistes font face à la dure réalité…. Sans oublier les nombreux Béninois qui attendent en vain de la diaspora les billets verts et l’Euro. Au banc des accusés, la crise financière et économique.

« Depuis 8h, nous n’avons effectué que deux opérations de retrait en provenance des Etats-Unis… les clients ne se bousculent plus comme auparavant. Sinon, tous les lundis, c’est difficile de se frayer un chemin au niveau de notre agence. Nous continuons d’attendre un troisième client qui peut faire un retrait ou l’envoi ». Telle est l’ambiance morose qui régnait ce mardi matin au bureau de change MoneyGram `’Central commercial K’’. Il était 10 heures. Et les deux agents peuvent se reposer, espérant d’éventuels clients. Durant la demi-heure qu’à durer notre entretien, aucun client ne s’est signalé. Une absence qui nous a édifié beaucoup plus. Nous poursuivons l’enquête qui nous conduit dans le grand centre commercial du Bénin, Ganhi dans une agence de Diamond Bank. Ici, quelques deux clients attendaient pour retirer de l’argent en provenance, l’un de la France et l’autre du Canada. Après l’opération, l’agent de Diamond Bank, se prêtant timidement à nos questions, n’a pas voulu donner de chiffres sur les montants. Surtout qu’il s’agissait là d’une opération bancaire. Et donc, un secret professionnel. Mais, dans cette agence, le constat était tout simple. Il n’y a pas d’affluence pour les opérations de retrait et d’envoi. Un peu plus loin, sur le Boulevard Monseigneur Steinmetz où nous avons fait un crochet dans une agence Western Union appelé Millenium change, aucun client ne s’est signalé depuis 8 heures selon l’agent du guichet... Il peut donc continuer par espérer ses premiers clients puisqu’il ne sonnait que 9h 30. A quelques encablures, c’est le même scénario dans une agence dénommée Excellence. Ici, pas question de répondre à nos préoccupations et le battant du guichet se rabat sans ménagement. Pas grave. Puisque, nous seront reçu par la suite dans une agence de Western Union de la Société générale des Banques du Bénin (Sgbbe) sise à Vèdoko. « Nous notons effectivement une diminution des transferts d’argent surtout depuis plus de trois mois » a confié la gérante avant d’ajouter que « cela peut être dû à la crise financière mondiale ». Un constat pertinent puisque selon la Banque mondiale, l’Afrique va enregistrer plusieurs milliards de baisse de transfert formel d’argent en 2009. Les prévisions pessimistes du Fonds monétaire international (FMI) avaient fait état d’une baisse de 28% en 2009 des transferts officiels des Sénégalais travaillant à l’étranger soit des flux de 400 milliards de FCFA contre 555 milliards de FCfa en 2008. « Nous commençons à voir les premiers signaux de la crise avec la baisse des transferts de travailleurs à l’étranger », avait récemment annoncé Alex Segura, représentant résident du FMI à Dakar, sur les ondes de Radio France internationale. Une situation que les agences de transferts d’argent sentent bien au Bénin. « Grosso modo, il y a une récessivité des activités depuis 2008... que cela soit des opérations d’envoi ou de retrait » a laissé entendre Guy K, un agent de Western Union dans une Agence de Ecobank à Godomey, dans la commune d’Abomey-Calavi. « L’année passée, je faisais au minimum dix transferts par jour. Mais cette année, la situation s’est aggravée et je ne fais que cinq à six opérations de retrait ou d’envoi d’argent par jour » a-t-il ajouté. Très disponible dans nos échanges, Guy n’a pas manqué de signaler qu’il n’a enregistré aucun client pour la journée. Cette situation, des milliers de Béninois qui recevaient chaque mois l’argent de la diaspora la vivent tout comme les cambistes. Puisque, les opérations de change ont considérablement diminué chez la plupart d’entre eux. Salomon, cambiste d’origine nigériane, connaît une baisse du change au niveau de son bureau. « Depuis le matin, je n’ai monnayé que 20.000 Fcfa alors qu’il sonne midi » s’indigne-t-il avant d’ajouter qu’avant, une personne peut venir échanger 200.000 à 500.000 Fcfa en Naira ou vise versa. Sa voisine vit la même situation avec le manque des clients qui venaient autrefois monnayer le dollar, l’Euro et le Naira dans le plus grand marché du Bénin, Dantokpa. Une situation que le gouvernement du Bénin a pris au sérieux en mettant en place une commission inter-ministérielle qui travaille sur les transferts d’argents au Bénin. Pour le moment, pas d’information à donner puisque ladite commission continue son travail (nous y reviendrons pour les résultats…)

Situation plus ou moins générale

La crise de transfert d’argent est bien réelle au Bénin et dans les pays africains à quelques exceptions près. En effet, des pays comme le Maroc, la Tunisie, le Liban, l’Egypte et la Jordanie appréhendent l’évolution de la crise financière internationale. Et après un record de 27 milliards de dollars transférés en 2008, les flux générés par les travailleurs immigrés de ces pays peuvent être perturbés en 2009 par la crise financière internationale, selon l’analyse faite par l’agence Standard & Poor’s. En Côte d’Ivoire, les transferts d’argent de la Diaspora africaine sont en baisse de 150 milliards de Fcfa. Scénario tout de même inverse au Sénégal même si les divergences existent entre le FMI et le ministre de l’Economie à propos des transferts des émigrés sénégalais. Le premier prédit une baisse alors que le second constate une hausse. Pour le FMI, il y aura une baisse de 28% en 2009 des transferts officiels des Sénégalais travaillant à l’étranger. Des opérations qui devraient s’établir à 400 milliards de FCFA pour le compte de cette année. Ces transferts, qui constituent une part importante des ressources du pays, proviennent d’une diaspora sénégalaise fortement présente en France et implantée dans bien d’autres pays européens, tels que l’Italie, l’Espagne ou encore les Etats-Unis. Des prévisions pessimistes qui ne sont pas partagées par le gouvernement sénégalais. Et le ministre sénégalais de l’Economie et des Finances, Abdoulaye Diop d’indiquer que contrairement aux prévisions, la crise économique n’a encore eu aucun impact sur les transferts de fonds des émigrés sénégalais. Mieux, ils seraient en hausse. Une polémique qui a bien ses raisons d’exister à un moment où beaucoup de pays africains font face à la cybercriminalité, un canal frauduleux de transferts d’argent et un marché qui semble avoir de beaux jours devant lui. A moins que les gouvernements prennent leur responsabilité pour inverser la tendance actuelle. Et demain ne semble pas être la veille…

Moussa EL-HADJI MAMA

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