porto-novo

Piétinement du programme de réhabilitation de la Capitale : La part de responsabilité des Porto-Noviens 29 juin 2009

Le Matinal du 29 Juin 2009

Le projet de réhabilitation de la ville de Porto-Novo bat toujours de l’aile. Plus d’une décennie après le lancement du programme, c’est le statut quo et la Capitale du Bénin végète dans un délabrement. La situation de plus en plus préoccupante est renforcée par les intrigues politiques. Mais, ce sont d’abord les fils et filles de Porto-Novo, toutes tendances confondues, qui jouent contre leur localité.

Le programme de la réhabilitation de la ville de Porto-Novo, fortement soutenu après le retour aux affaires du Général Mathieu Kérékou en 1996 n’a pas bougé d’un iota. Les fils de Porto-Novo et les autres habitants préfèrent attendre la touche étatique et ne pensent pas à leur devoir vis-à-vis de la Capitale. Et à cause des intérêts politiques individuels et égoïstes, les différents clans antagonistes qui se livrent une guerre des tranchées, ont tendance à bloquer le processus. Donnant ainsi raison aux gouvernements qui passent. Mis à part les pavages de certaines voies à partir des phases du Pgud, il n’y a vraiment plus rien. Ce sont des panneaux qui ont été posés le long de la berge lagunaire dans le cadre du transfert des institutions de Cotonou à Porto-Novo. Au niveau du chantier de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication (Haac) lancé il a déjà plus de trois ans, rien ne bouge, les murs tardent à sortir de terre et les ouvriers semblent s’ennuyer à longueur de journée. Pour ce qui concerne la construction du nouveau siège de l’Assemblée nationale, c’est avec l’avènement du régime du changement que le projet a été concrétisé. Avant, les tiraillements politiques et les manques de vision claire n’ont pas permis aux différents présidents de l’Assemblée nationale qui se sont succédés de 1996 à nos jours de prendre une décision vraiment responsable.   Une mauvaise idée du programme   La réhabilitation de la ville de Porto-Novo ne peut être uniquement consacrée aux transferts des institutions de la République comme on tente de le faire croire à tout moment. Cette réhabilitation doit d’abord partir du changement des mentalités. Elle a besoin d’être aussi artistique, industrielle, associative et intellectuelle. Chaque citoyen de Porto-Novo a un rôle à jouer indépendamment des actions de l’Etat. Ce qui n’est pas actuellement le cas et on préfère critiquer les gouvernants qui n’ont également aucune idée précise de ce qu’on appelle la Capitale d’un pays. Aujourd’hui, plusieurs cadres et hommes d’affaires natifs de Porto-Novo ont abandonné leurs maisons pour aller vivre à Cotonou, Abomey-Calavi et ailleurs où ils y ont érigé de grands bâtiments. Depuis longtemps, plusieurs natifs de Porto-Novo ont abandonné les marchés de la place pour Cotonou. Un ami explique qu’il préfère les boîtes de nuit de Cotonou à celles de Porto-Novo et y dépense hebdomadairement au moins 100 000 francs cfa au détriment de sa région qui se meurt. Alors que les magasins de prêt-à-porter se sont multipliés ces derniers mois à Porto-Novo, il n’est pas rare que certains habitants de Porto-Novo fassent le déplacement sur Cotonou pour acheter deux fois plus cher certains articles sur place. Malgré les efforts des responsables de l’Ecole du patrimoine africain (Epa), l’incivisme culturel prend des proportions inquiétantes. Et on gère mal les rares ouvrages d’assainissement difficilement obtenus. C’est cette situation qui est actuellement à l’origine des inondations dans certains quartiers. Parce que plusieurs ménages envoient leurs eaux usées dans les caniveaux, parce qu’on y jette toutes les sortes d’objets, qu’elles ne sont curées à temps et parce que la Direction des services opérationnels (Dso) ne fait pas bien son travail, certaines grandes voies sont inondées à la moindre pluie. A tout ceci s’ajoute l’affairisme lors des opérations domaniales. Parce que certaines autorités locales et administratives sont parfois complices des irrégularités dans les affaires domaniales, de sérieux problèmes se posent dans les nouveaux quartiers qui auraient pu être dotés, d’infrastructures publiques. A Tokpota par exemple, les légèretés dans la gestion des affaires domaniales a obligé l’attribution à certains ménages des domaines réservés pour le marché, la gendarmerie, le commissariat etc.   Les responsabilités de la mairie de Porto-Novo   On a cru qu’avec la décentralisation et le retour du pouvoir aux fils de Porto-Novo, les choses allaient s’améliorer. Mais erreur ! Les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. Au-delà du fait qu’il n’y pas encore un réel plan de reconstruction de la ville à imposer au gouvernement, les clivages politiques et les rivalités entre acteurs politiques d’un même camp ne permettent pas d’avancer. Mieux, la mairie de Porto-Novo n’a pas encore les cadres requis pour amorcer un programme de réhabilitation de la ville. Au cours de la première mandature, les recrutements de personnel visaient plutôt des besoins partisans. Aujourd’hui, ils sont bien nombreux à émarger mensuellement au budget de l’hôtel de ville de Porto-Novo pour rien. Les recrutements pour les opérations de balayage des rues et de curage des caniveaux se font également sur des bases partisanes et ne permettent pas un meilleur contrôle.   Les ateliers d’urbanisme de Porto-Novo   On avait cru que les ateliers d’urbanisme de Porto-Novo auraient pu être un autre moyen pour repenser autrement l’avenir de la Capitale après l’échec de tous les premiers plans de sa réhabilitation. Après les premières rencontres, on attend toujours la concrétisation des actions. Et contre toute attente, les parties prenantes viennent à nouveau retrouvées, semblent avoir changé d’idée et veulent désormais se consacrer à la mise en valeur de la berge lagunaire. Oubliant que des travaux ont été déjà initiés à propos de cette zone et c’est d’une action que les populations ont besoin. On déplore aussi le fait que ces ateliers aient fermé les yeux sur la problématique de l’urbanisation de la ville. Aujourd’hui où des ménages sont obligés de reprendre les mêmes constructions aux abords des grandes voies, il aurait été mieux pour la mairie d’initier d’autres formes d’architecture à imposer aux habitants. Avec l’appui des banques actuellement en surliquidité. Cette manière de construire Porto-Novo est encore possible et le maire de Porto-Novo peut bien mettre en valeur les voies principales par une politique de grands bâtiments.   Les gestionnaires du programme, l’autre handicap   L’autre grand problème qui se pose à Porto-Novo réside au niveau de ce service de l’Etat. Il semble que ce service n’existe que de nom et vise plutôt un intérêt politique pour leurs initiateurs. La preuve est qu’on attend toujours la concrétisation des réflexions des assises de Porto-Novo d’il y a quelques années qui a jeté les bases de cette réhabilitation. Mieux, il semble aussi que les gestionnaires du programme n’ont pas une idée claire de leur mission. Ainsi, en plus de l’Etat qui ne fait rien pour réhabiliter vraiment Porto-Novo et l’ériger en une vraie Capitale, les habitants de la ville et leurs responsables ont besoin de changer de comportement.

×