marche des travailleurs

Marche de protestation des travailleurs

Journal 24 heures du 31 juiller 2009

Les travailleurs, leurs différents secrétaires généraux et les membres de la Société civile étaient nombreux au rendez-vous hier jeudi à la place de l’Etoile rouge dans le cadre de la marche de protestation contre la cherté de la vie et le pillage des ressources publiques. Après un meeting tenu sur place, la marche des travailleurs s’est achevée au ministère des finances en passant par Vèdoko, le passage supérieur de Houéyiho et le carrefour du Souvenir.

Des milliers de travailleurs, tous les secrétaires généraux des centrales syndicales et des membres de la Société civile ont répondu présents à la marche de protestation des travailleurs qui s’est déroulée hier jeudi. Tout a commencé par un meeting à la place de l’Etoile rouge au cours duquel les différents responsables syndicaux et les représentants de la Société civile ont pris la parole. Ainsi, après avoir remercié le maire de la ville de Cotonou Nicéphore Soglo, le Secrétaire général de la Csa-Bénin, Dieudonné Lokossou, a présenté au nom des centrales syndicales des excuses publiques aux travailleurs de l’Ortb qui ont failli être lynchés par les travailleurs lors du meeting de la Bourse du travail la semaine dernière. Il a annoncé que des marches similaires seront bientôt organisées à l’intérieur du pays. Pour le Secrétaire général de la Cgtb, Pascal Todjinou, le gouvernement a capitulé face à la détermination des travailleurs. « Nos déterminations ont contribué à l’affaiblissement de ce pouvoir en décrépitude parce qu’un pouvoir qui veut être démocratique ne peut pas empêcher les travailleurs de manifester contre la cherté de la vie et le pillage de l’économie nationale ? », a-t-il ajouté. « Je voudrais seulement vous dire que nous ne saurions admettre qu’on remette en cause nos droits acquis et que nous devons nous battre bec et ongle pour arracher au pouvoir tout ce qu’il veut nous arracher. Nous avons des droits, nous nous sommes battus pour les avoir, il ne peut pas en être autrement. Que ce soient les libertés ou les primes, tout ce dont nous avons droit et nous avons acquis au prix de nos luttes, nous devons pouvoir les garder et nous devons nous battre pour les garder », a déclaré pour sa part, le Secrétaire général de la Cosi Georges Kakai-Glèlè. Tout en remerciant, les travailleurs d’avoir massivement observé le mouvement de débrayage de 48 heures, le Secrétaire général de la Fesyntra-Finances Laurent Mètognon a déclaré que la classe ouvrière a vaincu l’intoxication. Car selon lui, le gouvernement de Boni Yayi a choisi l’intoxication comme mode de règne. Il a ajouté que les informations rendues publiques lors de la conférence de presse tenue au ministère des Finances et organisée par les agents du dudit ministère relative au dossier Cen-Sad, n’étaient qu’une préface. Et qu’au fur à mesure que la lutte continue d’autres informations plus denses seront livrées à l’opinion publique avec toutes les preuves. Le Secrétaire général de l’Unstb, Emmanuel Zounon a encouragé les travailleurs à tenir ferme. A en croire ses propos, la République du Bénin, l’Etat de droit, le Changement et les droits fondamentaux des travailleurs sont en périls. De son côté le Secrétaire général de la Cstb Gaston Azoua, a précisé que les défalcations sur salaire prévues par le gouvernement, n’empêcheront la poursuite de la lutte. « Si vous nous voyez devant vous aujourd’hui, c’est parce que votre cause est juste. La faute est commise. Face aux privations des libertés, il n’y a pas de travailleurs, il n’y a pas de Société civile, il y a simplement le peuple. Le peuple qui a lutté pour conquérir ces libertés. Et aujourd’hui ces libertés sont en danger. La démocratie est en péril. Et c’est pour cela que nous avons décidé d’unir nos forces pour combattre l’imposture, la dictature, la dérive, la corruption. Nous avons décidé d’être à vos côtés parce que votre lutte est juste. C’est une lutte du peuple ». Tels étaient en partie les mots des responsables de la Société civile notamment le secrétaire général du centre Afrika Obota Urbain Amègbédji. Quant à Huguette Aplogan de Social Watch, membre également de la Société civile, elle a exhorté les travailleurs à être plus attentifs à leurs secrétaires généraux. « Vous avez vu qu’il y a de la calomnie, la diffamation, du dénigrement parce qu’il y en a qui osent parler contre le pouvoir. Au nom du peuple, la Société civile est venue vous dire que c’est pour les luttes et causes justes que nous sommes là », a-t-elle martelé. Ensuite, les manifestants ont entamé la marche avec des cantiques et slogans hostiles au gouvernement. Sur les banderoles et pancartes confectionnées pour la circonstance, on pouvait entre autres lire : « Non aux privations des libertés. Non à la violation de la constitution », « Stop ! Ça bouffe trop en Haut. », « Le pillage de nos milliards, ça suffit ! », « Halte aux incendies dans les ministères ! », « Non aux perspectives de courte vue ». Dans une animation propre aux syndicalistes, les manifestants ont pris par la voie de Vèdoko. Au niveau du carrefour Vèdoko, ils ont dévié à gauche empruntant ainsi la voie menant à Cadjèhoun. Après leur descente du passage supérieur de Houéyiho, les marcheurs ont été contraints par une forte mobilisation des forces de l’ordre avec à leur tête le commissaire central de la ville Cotonou, Constant Sossou de dévier légèrement leur itinéraire à partir du dernier carrefour avant la voie menant à la résidence du Chef de l’Etat. Toujours dans leur élan, les manifestants, arrivés à la place du Souvenir, ont tourné à droite pour enfin atterrir au ministère de l’Economie et des Finances.
Au ministère des finances, ces derniers ont été reçus par six ministres du gouvernement à savoir Idriss Daouda des finances et de l’économie, Victor Tokpanou, de la justice et porte-parole du gouvernement, Bernard Lani Davo de l’enseignement secondaire et de la formation professionnelle, Sacca Lafia de l’énergie, Kint Aguiar de la fonction publique. Après avoir lu la motion de protestation, la représentante du collectif des syndicats, Françoise Hodonou a remis ladite motion au ministre des finances qui a été hué par les travailleurs pour avoir prononcé le nom du chef de l’Etat Boni Yayi dans ses propos. Il a néanmoins précisé qu’il ferait un compte rendu fidèle du contenu de ladite motion. Par ailleurs, la Société civile a exigé que Boni Yayi dissout la commission chargée de poursuivre les travaux de l’Ige au sujet de l’affaire Cen-Sad et que ce dossier soit confié à la justice. Comme mot de fin, le secrétaire général de la Cstb, Gaston Azoua a déclaré en présence des six ministres que si d’ici une semaine, le gouvernement ne répond pas favorablement à leurs revendications, une nouvelle marche sera organisée.

Juliette B.CHECONY