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Loi dérogatoire sur la Lepi et report du scrutin au 13 mars : Les 10 incohérences des deux décisions

Le Matinal du 7 Mars 2011

Les députés réunis en plénière les jeudi 03 et vendredi 04 mars 2011, ont étudié et adopté la loi dérogatoire qui habilite la Csp-Lépi et la Cena à prendre en compte les citoyens laissés en rade par la Lépi. Au même moment, le gouvernement a pris un nouveau décret qui reporte l’élection présidentielle au 13 mars 2011. Mais mises ensemble, les décisions débouchent sur une série d’incohérences qui font dire que les problèmes restent intacts.


Rien n’est encore joué pour sortir le pays de l’impasse. La mise en application de la loi dérogatoire et du nouveau décret qui convoque le corps électoral pour le dimanche 13 mars 2011 révèlent moult controverses. La situation était si pourrie que cette thérapie ne répond pas entièrement au mal. D’abord, les cinq jours prévus par la loi dérogatoire restent largement insuffisants pour permettre d’enrôler des centaines de milliers de citoyens laissés en rade. Mieux, les parties prenantes ont oublié qu’il fallait de prime abord connaître le chronogramme à mettre en œuvre avant de prendre leurs décisions. Plus grave, les députés, au cours de leur plénière tenue du jeudi au vendredi matin ont perdu de vue que les conditionnements ne sont pas réunies, ni à la Commission politique de supervision de la Liste électorale permanente informatisée (Cps-Lépi), ni à la Mission indépendante du recensement électoral approfondi (Miréna) pour vite intégrer les corrections à la Lépi pour garantir un scrutin transparent, équitable et incontestable. En cela, il faut plus de jours pour mettre tout le dispositif en place, à savoir entre autres lancer un marché à concurrence pour la confection de cartes d’électeur provisoires pour ces personnes non prises en compte. Sans compter le fait qu’il faut disposer d’au moins un ou deux jours pour faire l’état des lieux avant d’organiser un sérieux recensement. Entre-temps, la Cps-Lépi et la Miréna sont tenues de trouver une solution à la situation des personnes de ces autres milliers d’électeurs qui ont participé à toutes les étapes du processus de réalisation de la Lépi, mais dont les noms ne figurent pas sur les affichages, ni sur les lieux de la distribution des cartes magnétiques. Sans compter que d’autres citoyens attendent la suite à donner à leurs dossiers de réclamation, de transfert et de radiation. Pour les premiers, ils donnent la preuve d’une série d’irrégularités apparues à l’affichage et exigent qu’elles soient corrigées. Le deuxième groupe a introduit sans suite depuis des semaines à la Cps-Lépi, des demandes pour aller voter dans des localités autres que leur lieu d’inscription sur les listes électorales. Les derniers quant à eux exigent que les citoyens entre-temps décédés et les étrangers, ainsi que ceux qui ont fait des inscriptions multiples, soient éliminés du fichier électoral. Les réponses à ces doléances devant être terminées dans la période allant du vendredi 04 au samedi 12 mars prochain pour permettre un vote sécurisé le lendemain. C’est justement là où se situent les difficultés et on est en droit de se demander le bâton magique dont disposent la Cps-Lépi et la Miréna pour réussir le pari en si peu de temps. De même, le nouveau décret du gouvernement a pris effet depuis trois jours sans que rien ne bouge. Ainsi, s’il faut aller aux urnes le dimanche prochain, c’est que tout sera mis en œuvre pour que le pays dispose deux ou trois jours avant d’un fichier électoral complet et incontestable. Ce serait en effet le jeudi prochain, soit dans trois jours. Ce qui n’est pas certain, puisque tout est encore au statu quo depuis le vote de la loi et le décret gouvernemental qui a suivi. Mieux, personne ne peut dire avec précision quand les cinq jours prévus par la loi dérogatoire prendront effet. On est plutôt face à un marché de dupe et la classe politique semble s’être trompée sur les données. Par ailleurs, il n’est pas exagéré de croire que les uns et les autres ne parviennent toujours pas à prendre la mesure de la situation. Et en tournant ainsi en rond avec ces décisions qui ne sont pas en adéquation avec la crise, le Bénin risque de se retrouver au soir du 12 mars prochain sans disposer véritablement d’un fichier électoral incontestable pour des élections libres, transparentes et apaisées.

Jean-Christophe Houngbo