interview yayi4

Est-ce une bonne action que vous posez lorsque vous tirez sur vos troupes ? Est-ce que la situation l’exigeait ? Et pourquoi quand les syndicalistes décident de vous soutenir, vous interdisez leur marche. Vous les empêchez donc de jouir de leurs libertés ?

Ce n’est pas vrai tout ça. Je vous jure, c’est un engagement que j’ai pris. Ce sont des incompréhensions. Je les aime tous. Je crois que j’étais à Kara, lorsque j’ai appris cela. J’ai appelé le ministre de l’Intérieur. Avant cela, lorsqu’ils se sont regroupés pour faire de l’agitation à l’intérieur, j’ai convoqué certains responsables pour demander ce qui se passait. Je leur ai dit, gérons cette affaire dans l’ordre. Le peuple souffre énormément avec ce dossier. Donnez-leur l’occasion de respirer un peu et de digérer cette douleur. Parce que c’est difficile de dire que les ministres de la république ont mal fait le travail. Les fonds publics appartiennent à tout le monde. Attendez que la commission clarifie les choses. Et nous aurons l’occasion de savoir qui est responsable dans cette affaire là. Vous n’avez pas besoin de faire tant de bruit qui divise. J’ai dit que je ne mentirai pas. Et moi, je leur ai dit de laisser tomber. Je vous jure, ce jour-là, c’est comme s’ils étaient d’accord. Demain, ils diront je l’avais dit. Donc, je me suis rendu compte que je me suis trompé. Moi, je suis parti à Kara le même jour. Après, on m’appelle pour me dire qu’ils n’ont pas eu l’autorisation. Et je me suis demandé, s’ils n’ont pas l’autorisation, comment vont-ils marcher ? Je tiens aussi au respect des lois de la République. Voilà ce qui s’est passé à mon niveau. Donc, je renouvelle encore peut-être tel que c’est fait, il y a une incompréhension.

Est-ce que vous avez donné ordre qu’on interdise la marche ?

Ils m’ont dit qu’ils n’ont pas eu l’autorisation. Est-ce que vous comprenez ce que j’ai dit ? J’ai souhaité qu’ils reportent. C’est mon grand souhait pour ne pas perturber, pour ne pas accroitre la douleur de ce peuple qui est meurtri par ce dossier. Mais vous croyez que je peux vous regarder dans les yeux avec ce dossier ? J’ai honte. Je présente mes excuses au peuple. Moi, je ne croyais pas qu’on serait encore à ce stade où on gère les dossiers avec une telle légèreté. Je reconnais qu’il y a le problème de l’urgence. Je le reconnais à leur décharge. Franchement parlant. Mais ça ne suffit pas parce que l’urgence n’interdit pas le respect des procédures en vigueur. Puisque au titre des reproches, figure la violation des procédures. C’est ça le problème. Même s’il faut aller vite, je ne veux pas faire des interprétations. Mais mon problème aujourd’hui, ça s’est traduit par la non prise en compte des intérêts des Béninois. De ce point de vue, moi aussi, je le regrette. Mais à ce stade, je ne peux que présenter des excuses à la nation en ma qualité du président de la République par rapport à celui que j’ai nommé. J’assume cette responsabilité morale. Je ferai tout pour faire en sorte que les coupables soient sanctionnés.

Est-ce que les syndicalistes peuvent être assurés aujourd’hui que leur liberté ne prendra pas un coup ?

Nous avons signé cette convention avec l’Oit, qui reconnait les libertés syndicales. Je les rassure. Mais il y a des moments qui me travaillent. Je ne peux pas accuser, mais si quelque part quelque chose me gène, il faut que je le dise oui ou non ? Cela dit, le jour où on a fait la réunion, j’ai interpellé certains d’entre eux dont mon cher ami Gaston Azoua que j’aime bien. J’ai dit bon, si vous parlez, vous devez me donner la casquette. Est-ce en tant que syndicaliste ou bien en tant que politicien ? C’est la question que je leur ai posée.

Est-ce qu’il vous a situé ?

Mais en réalité, il m’a situé. Il m’a dit, je fais les deux. Il sera difficile d’identifier le volet politique du volet syndical. Et même quand il a répondu, il a dit, je préfère faire plus de politique que du syndicalisme. J’ai dit en fait, j’ai compris tout ça maintenant. Mais le point sur lequel je suis aussi gêné dans cette affaire, j’ai su par la presse et j’ai lu quelque part qu’il y a obligation de respecter la gouvernance interne. Puisque vous donnez des leçons pour ramener à l’ordre les uns et les autres à la bonne gouvernance. Pour enseigner la propreté, il faut balayer sa cour. Ça c’est mon devoir de le leur rappeler aussi. Je vous dis, tout ce qu’ils vont faire, je reçois les critiques. Je les remercie infiniment. Ce n’est pas tombé dans des oreilles de sourd. Je tiendrai compte de leur cri de cœur. Mais la meilleure manière de leur faire plaisir, est-ce qu’ils respectent leurs textes internes dans la convention interne qui nous lie à eux ? Je ne violerai jamais leurs libertés syndicales. C’est une incompréhension. Je leur présente mes excuses, même s’ils pensent qu’il y a entorse à cela. La meilleure manière de faire plaisir, c’est de respecter naturellement les textes selon la manière dont nous gérons la nation, les règles de bonne gouvernance.

Le terrain sur lequel vous avez aussi quelques difficultés, c’est les relations que vous avez avec les partis politiques. Qu’en dites-vous aujourd’hui ? Quelles sont les perspectives que vous leur proposez ?

Le Bénin, c’est mon pays. J’aime mon pays, j’aime la République. Et je ferai tout en mon pouvoir pour consolider cette nation et pour que la démocratie sort renforcée. La paix et la stabilité. Avant de commencer cette émission, je me suis senti redevable de mes chers ainés. Mes papas qui ont été appelés à tour de rôle à cette fonction. Donc naturellement, je les respecte tous du fond de mon cœur. Et je leur demande, si je commets des erreurs, qu’ils me pardonnent. En un moment, puisque c’est de ça qu’il s’agit. Pour moi le pouvoir ça appartient à Dieu. Je suis convaincu de ça. Je ne sais même pas pourquoi c’est moi qu’il a choisi et qui m’adresse à vous mes chers compatriotes. Donc, je ne sais pas comment je suis arrivé là. Je n’ai aucune force. C’est Dieu qui a décidé ainsi. Mais des fois, je demande à Dieu ce

qui se passe, ne m’abandonne pas, je t’en supplie. Fasse que nous nous retrouvions pour échanger sur l’avenir de notre cher pays. On me traitre de beaucoup de choses, mais moi je souhaite que nous nous retrouvions autour du système partisan de notre pays. Les partis politiques d’une manière générale-puisque la politique doit nourrir le peuple dans ce pays-doit travailler, doit contribuer à l’épanouissement et à la prospérité de cette nation. C’est comme ça que je vois les partis politiques. Et si nous sommes là où nous sommes responsables. Nous avons mis un système qui crée plus de pauvreté qu’il ne crée de prospérité. Voilà où nous sommes. Donc nous avons tous échoué. Le moment est venu pour que nous réfléchissions sur quelle partie politique doit animer la vie politique de notre pays. C’est à vous de me dire ce qui se passe, vous êtes les mieux placés que moi. Nous avons trop de partis politiques aujourd’hui. J’ai essayé de faire cette comparaison avec les grandes démocraties modernes de ces pays qui se développent et qui émergent par rapport à certains pays de la sous région. Je ne vais pas citer de noms. Mais il y en a. Pour créer un parti politique, il y a un certain nombre de préalables qu’il faut respecter sans porter entorse à la liberté politique. Il faut reconnaitre que notre constitution est bâtie sur le multipartisme politique. Bon faisons-en le bilan. Est-ce qu’aujourd’hui, ce que nous faisons, nous respectons le peuple, cette nation ? Est-ce que les actes que nous posons dans le cadre des soit disant partis politiques, sont de nature à sauver et préserver la vie de notre chère patrie ? Je suis inquiet parce que je vois s’installer, le régionalisme, le tribalisme. Donc le souhait, c’est de créer des partis politiques et que tout le pays soit pris en compte.

Vous faites référence aux ghanéens ? Mais là bas c’est leur législation qui le permet.

Oui mais qui a fait la loi ? Nous allons dans la réforme que nous sommes en train d’engager, c’est-à-dire la réforme constitutionnelle. Ce n’est pas pour dire, il faut renouveler le mandat. D’abord notre constitution a reconnu maintenant la particularité des deux mandats. C’est fini, le débat est clos. Pour ma part, tant que moi je serai là, ce n’est pas avec moi. Bon d’autres m’ont posé le problème de limite d’âge. L’identification de la limite a frappé certains de nos ainés. Elle s’impose à tous aujourd’hui parce que, je ne vois pas comment on va violer cette loi. Je ne pense qu’au respect de cette constitution et ça s’arrête là jusqu’au jour où le peuple va décider autrement. Ce que je veux dire, c’est que le multipartisme intégral, tel qu’il est aujourd’hui, ne trahit pas les idéaux de la nation, ne mentons pas. Il faut une réflexion approfondie. Parce que tel qu’il se présente avec ce système partisan, va à l’émiettement des bases de notre nation. Alors maintenant, concernant le dialogue social, je suis preneur. Des fois on me dit que c’est moi qui ne veux pas. J’ai demandé au ministre chargé des Relations avec les institutions. Où est ce que vous en êtes ? Il me dit à un moment donné, certains ont voulu, d’autres ne voulaient pas. Depuis qu’est ce qu’on fait, s’il n’y a pas de dialogue, s’il n’y a pas de contact. C’est dangereux. Vraiment je souhaite que le temps qu’il me reste aujourd’hui, que nous nous retrouvions, que nous nous aimions, qu’on soit unis pour une même cause : la Nation. Ils ont déjà commencé par poser des actes qui sèment la panique. Qu’est ce que j’ai remarqué aujourd’hui de la part de quelques partisans ou de quelques partis politiques ?

On sème la panique généralisée. On fait peur, rien ne va. La démocratie est par terre. On recrute des badauds pour balancer des informations dangereuses sur internet. On fait des émissions à l’extérieur pour dire le Bénin est comme ça, ne l’aidez pas. Il faut isoler le Bénin, tant que ce n’est pas nous qui sommes au pouvoir. C’est le peuple qui en souffre. C’est pour cela, pour aller aux prochaines élections, chacun n’a qu’à travailler sur son projet de société, plutôt que de créer des conditions pour organiser une insurrection, en sortant les gens dans la rue. Faire sortir les Syndicats dans la rue pour faire peur. Alors que nous menons une vie extrêmement dure dans notre pays. Aujourd’hui des intoxications, des mensonges et la désinformation se développent. On ment sur le président de la République, de manière grave. Je voudrais donner de l’amour et demander pardon pour que nous nous retrouvions pour faire en sorte que les prochaines élections soient organisées dans la paix, dans la transparence. C’est pourquoi je me préoccupe de la Lepi. Il y a deux mois, j’ai envoyé une délégation ministérielle à Bruxelles. Lorsqu’on est sorti péniblement des législatives de 2007. Je vous le jure. J’ai dit messieurs de Bruxelles, aidez le Bénin. Si rien n’est fait, le Bénin va bruler.une démocratie doit être capable d’aider le peuple à choisir ses dirigeants dans la paix et dans la transparence. Moi-même je suis allé à Bruxelles deux fois. Tout en brulant même l’étape de la délégation de Bruxelles qui est à Cotonou. Je n’ai rien dit à la représentante et je suis parti. Nous avons tenu deux réunions, une à Bruxelles, une à Strasbourg en marge du colloque sur les Journées européennes de développement et je voudrais remercier l’Union européenne et tous les partenaires, le Pnud, les bilatéraux. Je leur ai dit merci et je félicite le parlement aussi qui a décidé de jouer sa partition. Maintenant ce qui reste c’est qu’on aille vite, on est les seuls à ne pas avoir ce support qui doit sauver notre nation. 17 milliards d’Euros seront mobilisés à cet effet parce qu’on n’a droit à l’erreur et ce serait également source de revenu pour nos concitoyens. Aidez-moi. Et je remercie la société civile qui s’est mobilisée, qui s’est investie pour qu’on arrive là où on est arrivé. Ce n’est pas fini. Lorsqu’on m’a dit pour désigner les représentants de l’Assemblée dans les communes-c’est la dernière dépêche que j’ai eue- que certaines formations politiques ne l’ont pas encore fait. Il faut que la Lépi aille vite et je vous donne l’assurance. Et je n’ai jamais dit que je serai candidat. Mais si je l’étais et que j’étais battu, je vous donne l’assurance, je donne cette assurance que je serai le premier à féliciter celui qui m’aurait battu. Je demanderai 5 minutes, le temps que je prendrai surtout pour remercier le peuple béninois de m’avoir donné cette marque de confiance. Choisir quelqu’un pour gérer les affaires de la cité commune, c’est lui faire confiance. Là où nous sommes aujourd’hui, aimons le Bénin, la nation et la patrie. Soyons prêts à verser notre sang pour elle. Faisons tout pour qu’on soit unis. Mais le pouvoir et bien c’est comme un boubou. Je voudrais là paraphraser ce célèbre évêque de la place qui dit le pouvoir c’est un boubou blanc, qui est beau. Mais lorsque quelqu’un le porte en effet, l’heure adviendra où c’est la femme qui dirigera ce pays c’est Dieu seul qui sait à quel moment. Mais vous le beau boubou blanc et que je me mets à verser de l’huile parce que c’est Annick qui est là, pourquoi pas moi et je verse de l’huile sur le boubou blanc. Et je dis à Olga va chercher une larme, tu déchires cela. Le boubou s’est transformé en lambeaux. Et bien après lorsque mon tour viendra, c’est ce boubou que je porterai toujours. Ça veut dire quoi ? Nous nous créons du tort. Personne ne veut être le président d’un Bénin dévasté, président d’un Bénin qui sera transformé en sang et en flammes. La nation est une et indivisible et je demande à Dieu de bénir notre chère nation.

Propos transcrits par Calixte Adiyéton & Claude Ahovè, Allégresse Sassé, Didier Kassaraté (Stagiaires)

Page d'Accueil
×