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Alors, 60 milliards pour les travailleurs et 70 milliards pour la Sbee, avez-vous eu l’impression que cela a eu un impact positif même sans la crise ?

S’il n’y avait pas ça, comment serait la situation ? Dramatique. Je vous ai dit si on ne faisait rien par exemple en direction de la Sbee, le pays serait complètement dans le noir. Je me suis levé un matin quand on est venu me dire, soit on forme la Sbee, soit on procède aux réajustements. Il en est de même pour la Soneb. Mais qu’est-ce que je pouvais faire ? Depuis, maintenant deux ans, le Ghana et le Nigéria qui nous donnaient l’énergie ont réduit leur offre. Il est vrai qu’on note aujourd’hui une inversion après qu’on s’est retrouvés à Kara au Togo dans le cadre de l’alliance pour la coprospérité. Or, l’essentiel de l’énergie que nous consommons au Bénin vient de l’extérieur. Alors qu’est-ce que nous pouvions faire ? Il fallait louer naturellement des centrales thermiques et acheter du fuel. Et ça coûte cher à un moment où il y avait cette envolée des prix des produits pétroliers. Voilà ce qui a expliqué la forte sollicitude vis-à-vis de la Sbee. Je dois dire qu’à un moment donné de manière générale, la Sbee, lorsque je suis arrivé, il fallait un liquidateur et ce n’est pas évident franchement. C’est le moment pour que nous mettions en place courageusement les réformes qu’il faille pour sauver notre système de production de transport et de distribution d’énergie parce que sans énergie, on ne peut pas aller au développement et à la prospérité que nous appelons de tous nos vœux. On a fait en sorte que la production de l’énergie thermique de la part de la Sbee représente près de 30% de notre consommation. L’énergie qui vient du Ghana est moins chère. Celle qui vient du Nigéria est encore beaucoup moins chère. Mais malheureusement des fois, on la reçoit et ça s’entrecoupe compte tenu des problèmes qu’ils ont de leur côté eux aussi. La source la plus chère est l’énergie thermique que nous produisons qui représentait près de 30% de notre consommation interieure. Si rien n’était fait, il fallait fermer la Sbee. Et c’était à un moment où la Ceb a écrit pour nous notifier qu’elle est tenue d’augmenter le tarif de 5 francs aux sociétés comme la Cet au Togo et la Sbee au Bénin. Comment pouvions-nous faire ? Cela nous a poussé à augmenter le tarif de 15 francs…..Et là, dedans nous avions prévu que nous ouvrions un compte séquestre pour faire en sorte que les 70 milliards que le contribuable béninois a transférés à la Sbee puissent être remboursés. Parce que pour le moment, on le met ça sous forme d’avance. Ce serait trop beau.

Et si ce n’est pas remboursé ?

Eh bien, nous allons y veiller. Nous avons soutenu l’ajustement parce que le contexte international aujourd’hui est sévère. Seuls les plus forts et les plus riches survivent. Puisque nous vivions déjà, nous qui sommes des pays pauvres et sommes obligés de nous défendre. Nous sommes obligés d’aller tout au moins dans la vérité des prix. J’ai entendu les syndicalistes dire qu’il faut arrêter les privatisations. Ce que j’ai dit, il n’est pas question de détruire l’emploi. L’équilibre social sera préservé. Il n’y a rien à faire. Mais comment allons-nous faire ? C’est de créer maintenant un nouvel environnement qui puisse promouvoir plus de production de l’énergie, du transport et une meilleure distribution à des prix hautement compétitifs. Aujourd’hui, c’est l’Etat qui est là. Et il y a des erreurs de gestion. Ce que nous avons vu à la Sbee, je ne peux pas le dire parce que si je le dis, on dira que c’est le président de la République qu’il faut inviter au Parlement pour qu’il s’explique. Je préfère pour le moment travailler rapidement.

Vous avez peur de vous expliquer devant les députés ?

Non, avec plaisir. C’est la vitalité de notre démocratie. J’en suis fier. Je n’ose pas le dire mais quand on m’injurie, je suis tellement heureux. Je ris tout le temps.

On a compris que la hausse de tarif à la Sbee et à la Soneb s’imposait à nous. Donc il fallait faire face à cela. On en est là mais il faut comprendre qu’au regard des difficultés économiques et financières qui s’imposaient à tout le monde, les populations ont du mal à les diriger. Alors vous nous avez énuméré les propositions que la Commission nationale de la gestion de la crise a faites. Et même en dehors de ces propositions, votre gouvernement a pris des initiatives. Aujourd’hui, où est ce qu’on en est avec la mise en œuvre de ces initiatives et quelles sont les perspectives pour permettre au Bénin de mieux gérer l’après crise ?

Il y a des mesures à effet immédiat c’est-à-dire des mesures qu’il faut mettre en œuvre immédiatement surtout au niveau de nos régies. Je suis allé à Hilacondji pour rassurer mes chers compatriotes qui donnent leur vie à la Nation. Je suis allé à la direction générale de la douane où on a échangé. Ils m’ont parlé. Je leur ai dit que tout ce qu’ils m’ont dit n’est pas tombé dans des oreilles de sourd. Nous sommes condamnés à appliquer cela. Mais ils m’ont dit qu’ils ont besoin de 4 milliards de Fcfa sauf erreur de ma part. « Nous avons besoin de 4 milliards pour améliorer notre outil de travail ». Là, ils ont raison. Par exemple, à Hilacondji, ils ont du mal à identifier les articles qui sont enfermés dans les camions. Et comme les camions qui arrivent sont nombreux, il n’y a pas une aire de parking pour leur permettre de décharger. Ils ont dit qu’il y a un projet. J’ai demandé à ce qu’on construise ce magasin et qu’on prévoie l’aire retenue. J’ai dit que je vais venir le maire qui m’a fait part de ces projets et nous allons soutenir cela pour créer des parkings pour permettre aux gros-porteurs de se prêter éventuellement aux obligations des citoyennes. Les impôts, le trésor, ont déclaré avoir besoin de 4 milliards de Fcfa. Hier, on a décidé de leur affecter ça. On va leur allouer tous les moyens. Toutes ces régies vont se moderniser. Et ça va accroître leurs capacités de mobilisation de ressources. On parle de véhicules, d’outils informatiques etc. Les demandes sont fondées. Vous avez des mesures immédiates qui sont liées aux effets de la crise et vous avez des mesures qui relèvent naturellement du moyen ou du long terme pour améliorer d’une manière générale tout le dispositif qui est prévu pour mobiliser des ressources abondantes au profit du développement de notre cher pays. Nous allons organiser un séminaire en présence de toutes les parties. Nous allons d’ailleurs impliquer nos concitoyens syndicalistes pour que tout le monde se sente concerné. On va en parler à nos députés, aux partis politiques, à tout le monde. C’est ce que nous allons faire. C’est un élan de dimension nationale pour que le besoin puisse supporter les initiatives. Mais je dois dire que cette crise n’est pas venue pour nous épargner tant qu’on n’aura pas vu nos paradigmes fondamentaux. Il faut que nous trouvions une autre ligne à l’administration. Si aujourd’hui, l’administration doit continuer telle qu’elle est, excusez-moi le terme, nous sommes morts. Nous devons donc revoir à travers les réformes administratives comment faire pour que cette administration puisse répondre aux préoccupations du développement. Aujourd’hui, ce n’est pas le cas. La meilleure gouvernance est l’une des réponses appropriées à la crise. Nos ressources sont limitées. Et il faut bien les préserver, les utiliser à bon escient naturellement pour que nous puissions bien couvrir nos besoins.

Mais au nombre des solutions proposées pour juguler la crise pour des pays pauvres comme le nôtre, il y a la production agricole. Au début, vous avez déjà projeté la révolution verte. Il y a eu le Puasa… Où en est-on aujourd’hui avec ce projet là ?

Merci d’avoir énuméré ce qui a été fait jusque-là. Pour le moment, nous avons constaté que les productions végétales, animales et halieutiques se sont améliorées sur toute l’étendue du territoire national. Nous avons voulu aller loin remettre les intrants à la disposition des producteurs, surtout travaillé pour le renforcement de leurs capacités. Nous avons renoué avec le passé. Au moins, le Carder. Nous avons recruté des en cadreurs. Nous nous sommes demandé si ce ne serait pas du leurre de vouloir améliorer fortement la production agricole sans passer par la mécanisation. Or, nous n’avons pas le choix, la question agricole est très importante. Surtout rendons grâce à Dieu, il nous a donnés des terres fertiles (à peu près 7 millions d’hectares). Il y a des pays qui cherchent ça et qui ne trouvent pas. Mais de cette superficie, on en cultive peut-être à peine 1%. On pouvait aller jusqu’à 10 millions d’hectares. On a des terres arrosées. Et il y a de l’eau partout en période pluvieuse. Nous allons inventorier toutes les terres et régler la question de la réforme foncière qui est fondamentale. Notre code foncier rural dit ce qui appartient à l’Etat est ce qui n’a jamais été exploité par qui que ce soit. Imaginez on va où ? Il faut revoir tout ça. La situation est telle que vous ne pouvez pas aller quelque part sans que quelqu’un vous dise : cette terre m’appartient. Tant qu’on n’aura pas réglé cette question là, on n’ira nulle part. A un moment donné l’Etat avait occupé certaines parcelles que nous sommes en train d’occuper aujourd’hui. Nous avons dit allons à la recherche de la vallée de l’Ouémé qui est la seconde la plus riche au monde, après le Nil. On a rien fait à ce niveau. Mais on ne bouge pas. Nous passons à la phase de la mécanisation, comme vous en avez fait allusion. Mais nos ressources sont limitées. Peut-être au moins 10 milliards d’acquisition de matériels agricoles. Comme la partie méridionale de notre pays contient des arbres, des herbes. Il serait illusoire de les enlever à la main. D’où l’idée des essoucheuses. Tout ça a été acquis. Mais toujours est-il qu’il nous faut passer à la mécanisation, régler la question de l’eau et la question des intrants moins chers qu’il faut mettre à la disposition des producteurs. Pour certaines catégories, on en a mis de façon gratuite d’ailleurs. Vous voyez, donc ce n’est pas facile ou alors subventionner de moitié gratuite le prix de ces engrais là. Et il faut régler la question des débouchés. Lorsque la production est disponible, il faut trouver des mécanismes appropriés pour l’acheter, n’est-ce pas et soulager le producteur. Et depuis quelques mois, la production agricole s’améliore fortement. Mais, là où vous pouvez me dire, mais dans les marchés ce n’est pas ce que vous voyez. Parce que de temps en temps je tente d’aller au marché et je ne vois pas grand chose dans nos marchés. Ça veut dire que nos produits sont exportés frauduleusement. Donc on n’a pas la politique des frontières ou des moyens pour pouvoir contrôler et limiter les sorties de nos productions. C’est vrai nous sommes dans un environnement sous régional et qu’il soit nécessaire pour le Bénin de respecter le code de conduite qui dit qu’il faut laisser circuler les biens et les services dans l’espace par exemple l’Uemoa, dans l’espace Cedeao dans le cadre de la politique agricole etc, etc. Mais dans un premier temps si on était bien organisé, ce que nous avons produit, aurait pu suffire pour réduire les prix dans nos marchés de ces productions agricoles.

On produit mais bon ça s’exporte frauduleusement comme vous venez de le dire. Ça veut dire qu’il n’y a pas de mesure pour qu’il y ait de l’autosuffisance alimentaire au Bénin parce que si on produit et que ça va vers l’extérieur, on fera du surplace.

Je vous ai parlé de la politique des frontières qui nécessite des moyens énormes parce que nous nous avons, au niveau des marchés, de nos villes limitrophes, nos villages, il n’y a pas de marchés, il n’y a rien. Des gens viennent d’ailleurs pour ramasser dans un système véritablement archaïque et qui repartent avec les productions. Je dois vous dire que d’ailleurs la question de l’accès de l’agriculture aux crédits bancaires là aussi n’est pas réglée. C’est aussi un élément important. C’est pourquoi nous avons décidé de créer une banque agricole. Aujourd’hui et vous avez du suivre, il y a déjà une table ronde qui a été organisée et il y a au moins 55% à peu près (je n’ai pas le chiffre exact en tête) du capital de cette banque qui est déjà réuni au niveau des intentions. Les gens sont décidés. Nous voulons gérer cette banque là en partenariat avec le secteur privé. D’une manière générale, ce que nous avons fait jusqu’ici c’est pour renforcer la responsabilité de l’Etat. Dans le même temps réunir les conditions pour que le secteur privé puisse venir s’ajouter et apporter son savoir faire, la technologie pour améliorer la productivité etc, engager des réformes fondamentales. Le ministère de l’agriculture, il faut le réformer. Nous avons des milliards et des milliards, les résultats ne sont pas aussi satisfaisants. Il faut revoir cela. Les Cerpa… Tout ça là à réformer. La Sonapra qui a été créée pour s’occuper de la diversification agricole mais qui hier a essayé de se spécialiser au niveau de la filière cotonnière. Là aussi nous avons essayé de dire bon, ce n’est pas comme ça. Il faut déconnecter la Sonapra. Le coton, on l’a isolé, on a créé la Société de développement du coton(Sodéco). Mais depuis qu’on a engagé cette réforme, dites moi qu’est-ce qu’on a fait ? Pour la première fois on parle de bénéfice de plus d’1 milliard. Dans un environnement d’adversité. Qu’est-ce qu’on a dit ? Nous allons ouvrir le capital. On va créer une société qui sera propriétaire de ces 10 usines. Et cette société là, son capital sera partagé par l’Etat et le secteur privé. Et ce qui a été fait c’est que l’Etat détienne 30, 33% du capital. Le reste sera réservé au grand public, des Béninois de préférence pour que le jour où les actionnaires se retrouveraient sur le marché pour discuter de la manière dont la Sodéco est gérée que ce soit une manière aussi d’aller à la démocratisation de la gestion des affaires de notre pays. Donc un grand nombre d’actionnaires du grand public. Il y a ce noyau qui est professionnel, vous les connaissez bien, ce noyau qui n’a fait que ça, qui a passé toute sa vie à faire du coton, de l’égrenage qui est présent et qui détient 33% également. Le reste, on a mis les collectivités locales. Pour le moment, c’est l’Etat qui fait le portage. Donc on a 33% pour ce noyau et 70% pour l’Etat mais sur ces 70% l’Etat ne détiendra que 33%. Le reste, c’est sous forme de portage pour le compte des collectivités locales et du grand public. Mais tout ceci, je dois vous dire, fait partie des réformes que nous avons faites pour le coton.

 

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