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Malversations dans les grands dossiers d’Etat : L’intégralité de la version de Yayi Boni

Interview publié par le Matinal le 4 Août 2009

Le chef de l’Etat, le Docteur Yayi Boni s’est prononcé le 1er août 2009 sur les questions brûlantes de l’actualité nationale et sur la crise économique et financière mondiale qui sévit dans le pays. Face à la gravité des malversations révélées dans des dossiers comme celui de la Cen-Sad, le Docteur Yayi Boni qui a reconnu sa responsabilité morale a présenté son mea-culpa au peuple béninois. Lire l’intégralité de l’entretien accordé à Annick Balley de la télévision nationale et Olga Kokodé de Golfe Tv.

Le nouvel entrant n’a que 100 jours en général comme période de grâce. Au Bénin, les différentes composantes de la Nation vous ont laissé plus d’un an pour que vous vous familiarisiez avec la gestion Du pouvoir en attendant vos premiers actes. C’est après donc plus d’un an que les partenaires sociaux ont sonné la fin de cet état de grâce. Et depuis l’année dernière, les partis politiques, eux aussi, ont décidé d’en découdre avec le régime du Changement. C’est dans cette ambiance quelque peu délétère que surviennent le scandale de la Cen-Sad et bien d’autres dossiers.Monsieur le Président de la République, merci de nous donner l’occasion d’échanger avec vous sur tous ces sujets qui défraient la chronique dans notre pays ? Comment vous sentez-vous au soir de 49 ans d’indépendance du Bénin ?

Je suis heureux. Je crois qu’avec la Nation, c’est avec la joie que nous vivons ce moment précieux. 49 ans d’indépendance, ça fait beaucoup par une Nation. C’est vrai. Nous avons parcouru un chemin où chacun de nous en a apprécié ce que c’est. Mais ce qui est heureux, c’est que nous vivons dans un environnement de paix. Nous avons travaillé pour que le Bénin soit une espèce d’oasis de paix, soit une démocratie stable, un pays de sécurité. Face à ce qui se passe ailleurs, rendons grâce à Dieu et remercions-le ensemble. Soyons toujours en communion de prière. Et naturellement, c’est un devoir de remercier tous ceux qui ont été appelés à cette fonction. J’ai appris à le dire parce que moi-même j’ai vu ce que c’est. Ce n’est pas facile. Merci à tous nos aînés qui ont été appelés à cette fonction présidentielle. Je demande à Dieu de leur donner longue vie. C’est très important. Je remercie également la classe politique qui a joué et continue de jouer un rôle important. C’est avec beaucoup de respect que je les remercie. Merci à la société civile. Pour moi, nous vivons maintenant un moment d’espoir. Et je crois, c’est ce message que je suis venu donner à notre chère Nation que j’aime si tant, à notre pays et à la République. Dieu a un plan pour notre cher pays parce qu’il vise le bonheur, la paix, la prospérité et le progrès social pour chacun et pour tous.

Et pour atteindre cet objectif qui est un destin pour nous, il est quand même bon de savoir, et vous l’avez dit, c’est difficile de gérer une Nation et vous faites l’expérience et vous le si difficilement que votre mandat est face aujourd’hui à la crise économique. Comment se présente d’abord l’Etat béninois avant qu’on ne parle des mesures pour juguler la crise ?

Au moment où on faisait le bilan, on s’était rendu compte qu’à un moment donné, nous avons entamé l’assainissement des finances publiques. Il faut le reconnaître, des réformes ont été mises en œuvre pour soutenir toutes nos régies qui ont travaillé pour que la Nation puisse mobiliser des ressources à des fins de développement. Nous avons travaillé sur ce front et avec les ressources collectées, nous avons essayé de procéder à une répartition. Nous avons d’aider nos chères mamans. D’où le programme des micros crédits aux pauvres(Mccp). Les enfants, il fallait penser à eux, surtout lorsqu’ ils sont dans le ventre de leur maman. C’est des Béninois. Ils sont appelés à appeler à assumer les responsabilisations s’agissant de la gestion de notre cité commune. Il fallait assister nos mamans qui ne pouvaient pas accoucher d’elles mêmes dans de bonnes conditions. D’où l’idée de la gratuité de la césarienne. Suivre ces enfants jusqu’au moment où ils ont l’âge d’aller à l’école. Les prendre en charge du point de vue enseignement maternel, enseignement primaire. D’où la gratuité de l’enseignement maternel et primaire, etc. Nous avons soutenu les producteurs, nous avons pensé à nos infrastructures routières également. Partout dans le pays, nous avons tenté de moderniser certaines voies, dans notre capitale économique également, l’éducation, la santé, l’énergie, on s’est débattus sur tous ces fronts naturellement. Ce qu’on pouvait dire c’est que pour nous, c’était pas mal. Je n’aime pas tellement apprécier ce que nous faisons. Ce que je puis dire, c’est de rendre grâce à Dieu pour tout ce qu’il nous a donné. C’est qu’à un moment donné on sentait quand même que les bénéficiaires s’en félicitaient. Mais cette crise qui est mondiale s’est installée maintenant. Il y a des projections. Je ne sais pas s’il faut vous le dire parce qu’en réalité je suis venu porter un message d’assurance.

Mais avant le message d’assurance, il faut quand même qu’on ait une idée de la réalité. Ce qui est sûr c’est que les régies financières sont en baisse.

Est-ce qu’on a créé de la richesse ? En 2007 on est à 4,8%. En 2008, 5%, et en 2009, on projetait 6,8%. Mais lorsque la crise nous a secoués, nous avons révisé les prévisions de sorte qu’en 2009, on ne dépassera pas 4%. Naturellement, tous les pays de la planète sont en train de réviser à la baisse leurs fondamentaux. Une crise financière qui s’est muée en crise économique surtout pour nous autres pays pauvres très endettés. En ce qui concerne la structure d’endettement, on était à peine à 10% de notre Pib, maintenant, on est aujourd’hui entre 19 et 20 %. Sur 100 frs de revenu, 20 seraient de l’endettement. C’est des ratios que je voudrais donner pour que la Nation avoir une idée de l’ampleur de cette crise. Lorsque nous prenons la croissance économique, le niveau de l’endettement, le taux de pauvreté, tous ces paramètres vont se dégrader rien si n’est fait. Point n’est besoin, j’allais dire, de donner les chiffres. Je ne voudrais ennuyer nos populations au moment où il faut surtout agir. D’où l’idée de tout faire pour mettre en place une Commission nationale de gestion de cette crise présidée par le ministre d’Etat Pascal Koupaki. Cette commission a beaucoup travaillé et là quand même, il faut que je dise un mot parce qu’il faut rassurer. Il y a de l’espoir mais nous apportons notre volonté politique, notre détermination à rassurer nos concitoyens. Nous voudrions être un gouvernement responsable. C’est pourquoi je ne voudrais pas escamoter cet élément parce que si vous avez eu la présence d’esprit de me poser cette question, je voudrais vous respecter et vous méritez, une haute considération. Et surtout cette commission qui travaille avec le gouvernement, le secteur privé, bientôt on va mettre les partenaires sociaux, les syndicats, les régies également sont dedans etc. Je suis convaincu que si on doit mettre en œuvre ces mesures, on va juguler les effets de cette crise. Permettez-moi d’ailleurs de vous lire ce qu’ils ont écrit : poursuivre la promotion des filières des produits locaux à cycle court à exporter vers le Nigéria parce que la demande des Nigérians a été affectée. La production pétrolière qui chute à cause des sabotages des infrastructures pétrolières dans le Delta du Niger. Il y a une forte corrélation entre le coût du Naira et la production pétrolière. Hier, le Nigéria produisait plus de 20 millions de baril/jour. Aujourd’hui, il en produit moins de 800 mille baril/jour. Donc cette baisse entraine la dépréciation du coût du Naira sur le marché. Naira baissant, obère le pouvoir d’achat des Nigérians qui ne peuvent plus venir acheter. La preuve, nos mamans en souffrent actuellement à Dantokpa ou alors du fait de la baisse de la production, les autorités ont procédé à une libéralisation économique. Les produits qui n’étaient pas importés tels que le riz peuvent l’être aujourd’hui. Les gens peuvent importer au Nigéria tout en étant sur place. Rappelez-vous que hier c’était presque interdit et le ris était importé par le Port autonome de Cotonou, qui constituait l’une des principales assiettes fiscales et douanières. Aujourd’hui ces ressources nous ont échappé. Nous avons fait des projections. En principe, si rien n’est fait, nous sommes partis pour perdre plus de 60 milliards de ressources d’ici la fin de l’année du point de vue des régies, des douanes, des impôts, du trésor etc. ça suppose que les principaux acteurs, les douaniers, les agents d’impôts soient vertueux. Mais s’il y a des fraudes, nous risquons de perdre environ 200 milliards dans nos projections. D’où la nécessité dans les mesures, d’un programme à court terme pour renforcer ces régies là. Et donc, après ce point, créer un fonds d’investissement pour le développement de l’agro industrie et du commerce ; ensuite développer le cabotage maritime avec les pays de la Cemac et poursuivre les réformes structurelles. Il y a d’autres mesures qui visent les finances publiques. Naturellement il y a les mesures structurelles qui vont fondamentalement induire la production dans notre pays c’est-à-dire la relance de l’offre intérieure, le soutien aux finances publiques la réduction de la pauvreté. D’ailleurs sur ce point précis, lorsque nous avons commencé et on a d’ailleurs une dépêche de la Banque mondiale selon laquelle, en ce qui concerne le taux de pauvreté en 2007, on était à 37% Puisque c’est à partir de cette année qu’on a revu les méthodes de compilation pour donner une idée exacte des pauvres dans le pays. De 37% en 2007, on est revenu en 2008 à 34%. Donc on est dans la perspective de casser ce phénomène qui est l’ennemi numéro 1. En réalité, c’est le seul ennemi, la pauvreté dans laquelle reste plongée notre cher peuple. Donc on a fait une baisse, mais naturellement avec la crise, si rien n’est fait, nous risquons d’aller peut-être au-delà. D’où la nécessité de prévoir des mesures pour pouvoir réduire fondamentalement cette pauvreté. Réduction de la pauvreté et là dedans, accélérer la mise en place de l’assurance maladie universelle dont le projet est actuellement en cours au ministère de la Santé ; fixer périodiquement le taux d’actualisation des pensions, par exemple tous les 5 ans et le rendre automatique en vue de faciliter l’accession à la propriété ; prélever les apports personnels exigés par les banques sur les cotisations aux fonds de retraite ; étendre l’accès aux ressources du fonds national de micro finance à toutes les institutions de micro finance, etc. Et nous avons prévu également des mesures en direction du secteur financier pour que l’accès à ce secteur soit une réalité. Alors, c’est pour vous dire que on avait pris un chemin d’espoir, les auteurs étaient là, je vous ai donné un exemple. Les trois années en termes de mobilisation de ressources additionnelles, je dis bien additionnelles de l’ordre de 200 milliards. Mes chers compatriotes, je dis bien de l’ordre de 200 milliards en terme d’augmentation et naturellement comment les a-t-on utilisés. Nous avons prélevé 60 milliards pour améliorer les conditions de travail des travailleurs, des syndicats, etc, sous forme de primes de salaires, etc. Je dis bien 60 milliards d’augmentation avec naturellement une affectation aux enseignants parce que pour nous, le défi de ce 21e siècle, c’est de créer les conditions pour que notre cher pays puisse avoir des ressources humaines de qualité. Et seules les nations qui réussiront dans ce défi pourront tenir. C’est pourquoi dans la recherche de comment nous allons faire pour créer les bonnes conditions de travail pour les enseignants ; 60 milliards y ont été affectés. La Sbee a été naturellement une unité de production. Qu’est-ce que nous pouvons faire s’il n’y a pas d’électricité ? Soit dans le cadre de l’amélioration de nos conditions de vie, ou l’assainissement de nos villes, en tant que facteurs de production ? Sans l’électricité, est-ce qu’on peut produire ? On a été condamné à affecter 70 milliards sur les 200 milliards pour soutenir la Sbee. Parce qu’on est arrivé à un moment où elle ne peut plus se « refueler » pour produire et ne peut pas non plus faire face à ses dettes vis-à-vis de la communauté électrique du Bénin, c’est-à-dire cet organisme étatique que nous avons mis en place entre le Bénin et le Togo. Le reste a été utilisé pour la construction d’infrastructures etc. A un moment donné quand on fait le point, nous avons sorti les sujets qui fâchent pour pouvoir accroître nos ressources. Nous n’avons pas dit que nous avons découvert du pétrole, et que nous avons commencé par exporter du pétrole. Bien au contraire, c’est toujours dans les mêmes conditions de travail. Seulement, qu’on a mis l’accent sur les ressources qui échappaient au Trésor et rendons grâce çà Dieu, une bonne équipe nous a permis de maximiser ces ressources-là. Aujourd’hui, malheureusement, je dis bien malheureusement si cette crise n’était pas venue, on avait pris un bon départ.

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