interdiction de marche

Le gouvernement impose son diktat, la bourse du travail fortement militarisée
Les syndicalistes interdits d'accès a leur poste de travail
Fraternité du 13 Octobre 2010 

Mardi 12 octobre 2010 à six heures trente minutes. Un détachement mixte des forces armées béninoises déployé à la Bourse du Travail. Des éléments spécialisés de la Compagnie républicaine de sécurité (Crs) et de l’Armée de Terre ont, dans un laps de temps, encerclé la Bourse du Travail qui est le point de rassemblement d’une grande marche annoncée sur le Ministère de l’intérieur et de la sécurité publique (Misp) pour protester contre la décision du ministre Sounton interdisant toute manifestation publique dans l’affaire Dangnivo. Aux environs de sept heures quinze minutes, deux pick-up transportant plusieurs policiers armés jusqu’aux dents s’immobilisent également devant la Bourse du Travail dont le portail est déjà fermé et le gardien sommé de vite vider les lieux. Cette vague d’agents de sécurité s’est postée sur le tronçon Bourse du Travail-Carrefour pharmacie Camp Ghézo. Ainsi, lorsqu’ils constatent un attroupement d’individus, ils leur intiment l’ordre de circuler afin de favoriser la libre circulation des biens et des personnes. Aucune moto, aucun véhicule n’est même autorisé à rouler, à un moment donné, dans la rue qui fait corps à l’entrée principale de la Bourse du Travail. C’est d’ailleurs ce qui explique le fait que le personnel administratif de "la Maison ouvrière" n’ait pas eu accès à son poste de travail. Même les secrétaires généraux des Centrales et Confédérations syndicales du Bénin qui devront aller prendre des documents dans leur bureau avant de se rendre au Palais des Congrès pour participer à l’ouverture des travaux d’un séminaire international, ont été purement et simplement bloqués par les forces de sécurité publique. Même si personne n’a été matraquée, les dispositifs policier et militaire mis en place hier ont fortement pénalisé les usagers de la Bourse du Travail. Approché, un policier déclare que c’est sur instruction du préfet des départements de l’Atlantique et de Littoral, Jules Honorat Hessou et leur ministre de tutelle Martial Sounton que la bourse du travail a été militarisée empêchant ainsi les appelés à la marche organisée par l’Organisation pour la défense des droits de l’homme et des peuples (Odhp) de se rendre sur les lieux. Une marche qui devrait partir de la Bourse du Travail pour aboutir au ministère de l’intérieur et de la sécurité publique en passant par l’ancienne maison de la radio nationale, le ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche scientifique et le Centre national hospitalier Hubert Koutoukou Maga de Cotonou (Cnhu). Une marche soutenue par sept autres organisations de la société civile et la Fédération syndicale des travailleurs des finances (Fésyntra-Finances). Dans le même temps, des policiers ont envahi le ministère des finances et de l’économie. Tout était bien organisé pour dissuader les manifestants.

Plus de peur que de mal...

En lieu et place des militants de l’Odhp appelés pour manifester contre la dernière décision prise par le ministre Martial Sounton, ce sont alors les policiers et les gendarmes bien armés qui ont pris d’assaut la Bourse du Travail.

Ils avaient pour mission de disperser tout regroupement dans les alentours de ce lieu public. Ce déploiement des forces de l’ordre est la réponse des autorités gouvernementales à l’appel du président de l’Odhp, Gustave Anato. Une organisation qui a invité ses militants et tous les Béninois épris de paix à marcher contre la décision du Misp, interdisant toute manifestation relative à l’affaire Pierre Urbain Dangnivo ; une décision "arbitraire et anticonstitutionnelle", selon Gustave Anato qui précise que la marche a été bel et bien autorisée par la mairie de Cotonou et les formalités policières ont été dûment remplies au commissariat central de Cotonou. Il s’est dit surpris de l’attitude des forces de l’ordre qui ont quadrillé tout le périmètre de la Bourse du Travail et envahi toutes les artères qui y débouchent pour éviter toute mobilisation. Les secrétaires généraux des Centrales et Confédérations syndicales étaient dépassés de voir les entrées de leur lieu de travail barricadées. Ce qui constitue pour eux, une première au Bénin depuis l’avènement du renouveau démocratique. Une situation qui a irrité les responsables syndicaux qui voient dans cet incident une déclaration de guerre de la part du régime du changement par l’intermédiaire du ministre Martial Sounton. " Nous sommes venus ce matin, non pas pour marcher, parce que c’est une organisation de défense des droits de l’homme qui a appelé ses militants à manifester. La Bourse de Travail est le lieu de travail des secrétaires généraux. Je suis venu chercher mes documents, lui aussi (Il indexait Pascal Todjinou) et on voit un cordon de policiers, armés jusqu’aux dents, bloquer la Bourse de Travail, nous empêchant même d’y avoir accès", a laissé entendre Dieudonné Lokossou, secrétaire général de la Csa-Bénin. "Moi, je vous donne l’information. Ici, c’est Gustave Anato, président de l’Odhp, qui veut organiser une marche contre la décision arbitraire et anticonstitutionnelle du ministre de l’intérieur et de la sécurité publique. Mais, on vient nous empêcher d’avoir accès à la Bourse du Travail. Le monde entier sera au courant ", renchérit le secrétaire général de la Cgtb, Pascal Todjinou. Le cordon sécuritaire qui a pris position devant la bourse de travail témoigne de la volonté du gouvernement à en découdre avec tout individu qui s’aventurerait à passer outre les instructions du ministre de l’intérieur et de la sécurité publique.

Les forces de l’ordre s’en prennent aux journalistes

Les forces de l’ordre s’en sont pris aux journalistes hier. Elles ont interdit aux cadreurs de faire leur boulot. Elles ont voulu arracher les cameras des cadreurs et les appareils photos des journalistes n’eût été le cri de détresse des secrétaires généraux des centrales et confédérations syndicales. En effet, il a fallu la fougue de Pascal Todjinou et ses pairs pour que les gorilles laissent les cadreurs prendre les images. Les évènements d’hier ont offusqué les responsables syndicaux qui ont pris la décision de rentrer officiellement dans le combat. Le bras de fer est donc plus que jamais engagé. "Je pense qu’à partir de cet incident, on ne fera plus de cadeau à ce régime, il faut qu’il s’en aille. Et nous rentrons officiellement dans la bagarre à partir de demain, ça là, c’est clair et net, parce que là, on veut mettre la démocratie en péril ", s’est indigné Dieudonné Lokossou.


Quelques impressions recueillies

"Il faut que ce régime s’en aille" dixit Dieu-Donné Lokossou de la Csa-Bénin

" Je pense que vous constatez avec nous que ce qui se passe est grave, parce que nous n’avions jamais vécu ça. C’est depuis le Prpb que nous avions tourné cette page-là. Et nos nouveaux dirigeants veulent nous faire revivre ce passé douloureux que nous avons unanimement combattu et condamné ici. Nous, nous sommes venus ce matin, non pas pour marcher, parce que c’est une organisation de défense de droits de l’homme qui a appelé ses militants à manifester. La Bourse de Travail, c’est le lieu de travail des secrétaires généraux, je suis venu chercher mes documents, lui aussi (Il indexe Pascal Todjinou), parce qu’on est tous deux membres du conseil d’administration de la caisse. Et puis on voit un cordon de policiers, armés jusqu’aux dents, bloquer la bourse de travail, nous empêchant même d’avoir accès à la bourse. Moi, je pense qu’à partir de cet incident, on ne fera plus de cadeau à ce régime, il faut qu’il s’en aille. Et nous rentrons officiellement dans la bagarre à partir de demain, ça là, c’est clair et net, parce que là, on veut mettre la démocratie en péril. Canal3, vous aviez fait quoi au gouvernement ? Vous leur ouvrez le micro et on vous suspend un contrat, or c’est l’argent du peuple. A partir de ce moment, je crois que vous objecteurs de conscience, comme nous, vous devez nous aider à porter notre soutien. On n’est pas au Togo ici. On n’organise pas la marche mais on la soutien car la cause est juste ".

"Vous ne pouvez pas financer des grogneurs et venir nous matraquer" déclare Pascal Todjinou de la Cgtb

" Moi je vous donne l’information. Ici c’est Gustave Anato, président de Ben Odhp, qui veut organiser une marche contre la décision arbitraire et anticonstitutionnelle du ministre de l’intérieur. C’est vous dire que ce n’est pas encore les organisations syndicales qui veulent organiser de marche. Et pire, les organisateurs ont obtenu l’autorisation (Il exhibe l’autorisation), mes chers amis. Mais on vient nous empêcher d’avoir accès à la bourse du travail, le monde entier sera au courant. Ce n’est pas les grogneurs, financés le week end, qui vont nous empêcher de travailler. Si nous autres, nous n’avions pas fait çà, ils n’auront jamais la possibilité de faire la grogne. Si c’est au temps du Prpb, est-ce qu’ils auront la possibilité de faire la grogne ? Ce que nous faisons est purement citoyen, çà n’a rien à voir avec une quelconque formation politique. Il faut que les gens comprennent ça. Donc, ce n’est pas les organisations syndicales qui veulent organiser de marche, c’est une Ong de droits de l’homme qui veut marcher contre la décision arbitraire et anticonstitutionnelle du ministre de l’intérieur. Et ce ministre de l’intérieur nouveau là revient à la charge pour demander aux policiers de venir nous matraquer et on vous interdit aussi de filmer, si ce n’est pas notre fougue tout à l’heure, ils allaient vous chasser. Ce n’est pas normal ".



13-10-2010, Adrien TCHOMAKOU, Imadou-Dine M.TRAORE