exhumation

Scène macabre hier à Womey : Le corps présumé de Pierre Urbain Dangnivo exhumé

La nouvelle Tribune du 28 Septembre 2010 

 

Comme une trainée de poudre, l’information a circulé dans tout Cotonou depuis la matinée d’hier : « on a retrouvé le corps de Dangnivo ». Vers 15 heures, les choses se précisent et on annonce que son corps est retrouvé à Womey (commune d’Abomey-Calavi). Vers 18h15, un corps en décomposition avancée est exhumé devant le procureur de la république près le tribunal de première instance de Cotonou, Mme Michèle Carrena Adossou, qui confirma plus tard dans un communiqué que c’était bien celui de Pierre Urbain Dangnivo.

Womey Akangon, cette petite bourgade de l’arrondissement de Godomey perdue au fond d’une localité mal urbanisée est devenue hier en l’espace de quelques heures, l’attraction de tout un pays, mais aussi la deuxième zone la plus sécurisée du Bénin après la Marina. C’est en effet là qu’a été exhumée le corps supposé du sieur Pierre Urbain Dangnivo, le cadre du ministère de l’économie et des finances disparu mystérieusement le 17 Août dernier. C’est vers 15h30 que nous arrivons sur les lieux après une vingtaine de minutes de parcours sur des pistes tortueuses, et. A quelques encablures de la maison identifiée comme celle où a été enterré le corps de Dangnivo, la foule des curieux, des badauds et surtout les populations de la localité laissait à peine passer les passants. Cette maison qui appartiendrait à une certaine Cadja Danhokpossi Mahinou, au regard de ce qui est marqué sur le puits de la maison et qui est la seule preuve de la propriété visible, n’a pas de clôture comme la plupart des concessions environnantes.

De hautes herbes ceinturent la maison sur le côté gauche et derrière. Dans la concession, pas de trace de vie. Un dispositif sécuritaire très impressionnant est mis en place. A 17 h, une délégation des centrales syndicales conduites par Gaston Azoua, Pascal Todjinou, Dieudonné Lokossou, Laurent Mètongnon, Catherine Egounlety, Yves Gninlé, Paul Essè Iko et bien d’autres apparaissent. Visiblement très ému, Gaston Azoua lance au Colonel Dégbéssou, « où est la tombe, nous on n’a pas de temps à perdre… ». Quelques temps après, le Directeur général de la police Osséni Maïga Anki Dosso, celui de la gendarmerie Général Lègba Kokou Sèmègan viennent aussi sur les lieux.

50 millions pour le crime
A 17h15, des militaires font attacher une corde sur la longueur de la cour afin de délimiter la zone d’intervention de la presse. Trente minutes plus tard, soit à 17h45, la sirène et les gyrophares annoncent l’arrivée du procureur de la république près le tribunal de première instance de Cotonou. Un, deux, trois véhicules s’immobilisent puis un corbillard blanc à l’effigie des pompes funèbres « Proci ». Elle descend, flanquée d’un médecin légiste, de quelques agents de la voirie, de trois personnes munies de pelle, de quelques membres de la famille Dangnivo en l’occurrence Ana Baï, sa sœur aînée, et de leur avocat Me Zakary Sambaou. Les militaires et autres hommes de rang exercent leurs pressions sur la presse et sur certains membres de la famille. « Reculez, reculez, … vous n’êtes pas autorisés à filmer », lance un gendarme à la kalachnikov pointée vers le sol. On aperçoit de loin, un homme à genou devant la fosse identifiée, menotté aux pieds et aux mains. Selon les recoupements, c’est le présumé meurtrier, un lugubre charlatan qui aurait avoué avoir tué Pierre Urbain Dangnivo. Le ministre de la justice Grégoire Akoffodji arrive enfin à 17h55 au moment où les opérations allaient commencer. Une quinzaine de minutes après, tout était visiblement terminé. les syndicalistes sont appelés à voir le corps. Ils retournent quelques minutes après, les visages fermés, des baillons au niveau des narines, se concertent quelques secondes et prennent congé des lieux. Ils ne font aucune déclaration à la presse. Laurent Mètongnon joint au téléphone affirme avoir vu un corps en putréfaction avancée et donc non identifiable. La sœur de Pierre Urbain Dangnivo, Ana affirme n’avoir rien vu. Les détails viendront du ministre de la Justice Grégoire Akoffodji. « Nous sommes sur une bonne piste mais il faut poursuivre le travail. Ce qui est heureux c’est que depuis hier, cette piste nous a permis de mettre la main sur une personne qui a vu Dangnivo pour la dernière fois et qui a déposé de façon constante depuis hier qu’il est le meurtrier de Dangnivo », déclare le garde des sceaux. Acculé par les questions de la presse qui a voulu savoir un peu plus sur les mobiles de ce crime crapuleux, le ministre lâche : « on sait qu’il a été question de beaucoup d’argent, on lui a promis 50 millions pour ce crime ». Alors, qui sont ces commanditaires et quel est leur intérêt à voir Dangnivo mort ? C’est là la grande question. Marcel Zoumènou

COMMUNIQUE DU PARQUET PRES LE TRIBUNAL DE PREMIERE INSTANCE DE PREMIERE CLASSE DE COTONOU
Chers Compatriotes!
Je reviens vers vous ce lundi 27 Septembre 2010 pour vous tenir informés du niveau d'évolution des investigations de la commission d'enquête judiciaire mise sur pied par le Parquet de Cotonou suite à la disparition de Monsieur Pierre Urbain DANGNIVO et dont j'avais entretenu la presse le 09 Septembre 2010 dernier.

J'ai aujourd'hui le profond regret de vous annoncer la découverte du corps de notre concitoyen lâchement inhumé dans la localité à Womey dans la commune d'Abomey Calavi par ses présumés assassins dont l'un est déjà aux mains des enquêteurs dont je voudrais saluer au passage le professionnalisme et le courage.
Les investigations se poursuivent afin que tous les auteurs et complices de ce crime odieux soient appréhendés, le mobile du crime connu, afin que de l'information judiciaire éclate toute la vérité et que Justice pleine et entière soit rendue. A la famille du défunt Pierre Urbain DANGNIVO je présente, avec tous les membres du Parquet de Cotonou nos condoléance les plus attristés. Je voudrais pour finir, remercier tous ceux qui ont aidé la commission d'enquête dans l'accomplissement de sa mission.
Je vous remercie
Le procureur de la République
Michèle O. CARRENA ADOSSOU