autopsie de pierre dangnivo

Autopsie et test d’Adn sur le présumé corps de Pierre Urbain Dangnivo : Yayi Boni Bloqué

Le Matinal du 8 Sept 2010

En faisant appel à deux médecins légistes (Français et Allemand) pour leur confier les examens sur le présumé corps de Pierre Urbain Dangnivo, le chef de l’Etat Yayi Boni cherchait à convaincre les Béninois de l’innocence de son régime dans ce dossier. Mais au regard des derniers développements, il a plutôt du souci à se faire. Ni la famille du disparu, ni les médecins légistes béninois n’adhèrent à sa démarche. Conséquence, les deux spécialistes européens ont repris l’avion. Une situation qui agace le président de la République.


Au Palais de la Présidence, le chef de l’Etat Yayi Boni ne cache plus son agacement dans le dossier de la disparition de Pierre Urbain Dangnivo. Alors qu’il voulait montrer à l’opinion publique que son gouvernement est à la recherche de la vérité, afin de situer les responsabilités, il n’arrive toujours pas à se tirer d’affaire. Pire, tout porte à croire qu’il s’enroule dans la farine. La plus parfaite illustration de ses soucis actuels, reste le chapitre des examens médicaux à effectuer sur le présumé corps du disparu, exhumé à Womey, banlieue d’Abomey-Calavi, le 27 septembre 2010. Il se révèle aujourd’hui qu’en préconisant que ce travail scientifique soit confié à des médecins étrangers, le gouvernement n’a pas mûri son idée avant de la lancer. Ce qui l’a préoccupé, c’est d’effectuer le test d’Adn. Dans sa tête, il faut des spécialistes européens pour le faire. Dans sa tête, il se disait que ça va passer comme une lettre à la poste. Dans sa tête, il croit avoir fait le plus dur en retrouvant le présumé assassin et en découvrant, suite aux aveux de ce dernier, un corps qui a été exhumé en présence de deux médecins légistes béninois. Mais la question qu’on se pose aujourd’hui, c’est de savoir ce à quoi a consisté la présence de ces deux médecins.

Pas de rapport

Alors que la polémique s’enfle, et que l’opinion publique continue de porter des réserves sur l’authenticité du corps exhumé il y a quelques jours, de même qu’elle s’interroge sur la véracité des déclarations du présumé assassin de Pierre Urbain Dangnivo, ils ne sont pas en mesure d’apporter des détails sur le cadavre. Par exemple beaucoup de Béninois s’attendaient à voir d’abord les résultats d’une autopsie minutieuse qui révèleront dans un premier temps, les conditions dans lesquelles, le supposé Pierre Urbain Dangnivo de Womey a été tué. Est-il mort d’empoisonnement ? A-t-il été égorgé ou battu jusqu’au dernier souffle ? Comment se présente le corps exhumé ? Le rapport des deux médecins béninois devrait nous situer. Or, aucune preuve médicale n’a été exhibée pour aider à faire la confrontation entre les déclarations du présumé assassin qui avoue avoir empoisonné sa victime avant de l’exécuter et, les circonstances du décès du présumé fonctionnaire du Ministère des Finances. Même en apportant une réponse à ces préoccupations, le doute des Béninois ne tombera pas de lui-même. Il faut également que l’autopsie révèle la période, voire la date précise à laquelle ce supposé Pierre Urbain Dangnivo dont le corps a été exhumé a été assassiné. A partir de ces éléments, on peut faire des comparaisons avec la date de disparition de l’homme, celle déclarée par son présumé assassin, celle à laquelle celui-ci a été écroué à la prison civile de Cotonou. Par un réel souci de la manifestation de la vérité, ce sont ces différentes étapes qu’il fallait passer. On n’a pas eu droit à tous ces préalables, mais le Procureur de la République a reconnu le corps de Pierre Urbain Dangnivo le 27 septembre dernier. Même en y mettant de la manière, le Ministre de la Justice, n’était pas moins affirmatif sur les lieux de l’exhumation. Grégoire Akofodji a déclaré que le gouvernement était sur la bonne piste et que la dernière personne avec laquelle, Pierre Urbain Dangnivo a communiqué est le charlatan Codjo Cossi Allofa chez qui son corps enterré a été retrouvé. Si ces éléments étaient disponibles, le test d’Adn sur le corps exhumé apportera plus de clarté dans la reconnaissance du cadavre. Aux yeux de beaucoup de médecins, ces étapes ont été escamotées. Les médecins légistes européens ont fait les mêmes observations quand ils se sont rendu compte qu’aucun rapport n’est établi pour prouver que le corps qu’ils doivent examiner a subi des examens préliminaires. L’un après l’autre, les deux spécialistes ont repris l’avion sans pouvoir combler les attentes du chef de l’Etat. Car, une fois au Bénin, ils n’avaient pas sous la main les premiers éléments d’appréciation. De plus, la famille du disparu qui devrait les autoriser à faire des prélèvements sur le corps, n’a pas donné carte blanche. Elle est restée dans sa logique du début. Elle n’a pas encore reconnu le cadavre du parent.

F.N

 

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