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Aléjo Gbajaaa "Avant son départ, Gbadamassi a d’abord perçu 350 Millions de Francs CFA"

Le Matinal du 29 avril 2009


Enfin ! Aléjo Gbajaaa reprend ses droits de cité dans les colonnes de votre quotidien préféré après plusieurs années passées au cimetière. Considérée comme une tribune libre cette rubrique replonge l’invité dans son enfance, sa jeunesse, son parcours, ses intimités, ses ambitions. C’est aussi un rendez-vous pour discuter sans tabou de l’actualité au plan national voire international. Dans cette édition qui relance la rubrique, « Le Matinal » s’est entretenu avec Sacca Fikara, président du Mouvement pour la démocratie et le progrès (Mds) et premier questeur de l’Assemblée nationale de la cinquième législature qui parle de sa propre vie, de son passé, de son
                 Sacca Fikara             parcours politique mais aussi et surtout du coût de l’opération de débauchage de l’ancien maire de Parakou, des intrigues et manipulations au terme desquelles le 3e vice-président du parti Union pour la relève (Upr) a pris la décision d’abandonner les siens pour aller renforcer les députés de la mouvance présidentielle en quête de majorité.

                           

 Le Matinal : Qu’est ce qu’on peut retenir de votre vie ?

Sacca Fikara : J’ai 57 ans, marié et père de plusieurs enfants. Je suis né à Dangbo où j’ai fait mes premières études entre 1955 et 1996. Ces études ont été couronnées par le Certificat d’études primaires (Cep). J’ai ensuite fait le secondaire au Collège d’enseignement général d’Adjohoun où j’ai obtenu mon Brevet d’études du premier cycle (Bepc) en 1970. Je serai admis plus tard au Lycée Béhanzin de Porto-Novo où j’étais reçu pour mon Baccalauréat série C en 1973, pour finir par une Maîtrise en science économiques en 1979. Mais entre-temps, après ma deuxième année, j’ai fait la mission d’enseignement. Il faut dire que j’ai été arrêté trois fois de suite après ma Maîtrise en 1979 en tant que responsable des étudiants anti conformistes au régime du Prpb.  

                          
- Qu’est-ce qu’on vous reprochait ?

  La défense des libertés essentielles. Je vous disais que nous étions des anti conformistes au régime du Prpb de l’université en ce moment. J’ai été arrêté avec une vingtaine d’étudiants et nous avons été gardés durant tout notre séjour carcéral à la prison civile de Cotonou. J’en suis sorti en 1984 avec certains étudiants et d’autres détenus politiques comme l’Abbé Alphonse Quenum,
                                                                                                                                    Rachidi Gbadamassi
M. Robert Tagnon, les capitaines Houndégla, Gbètoyénonmon, Janvier Assogba et bien d’autres encore.

 
- Ensuite ?                                                                                                            

Un mois après ma libération, j’ai passé le concours d’entrée au Centre de formation des administrateurs publics (Cfap) option commerce que j’ai réussi avec brio. Donc, je suis un administrateur civil. Il faut préciser que c’est le Cfap qui est devenu plus tard Ena 2 et Ine 2. J’ai travaillé d’abord avec un ami français qui avait été mon correspondant en France. A ma sortie après mon diplôme d’administrateur, le régime du Prpb avait refusé de m’intégrer dans la fonction publique. C’est alors qu’un ami français d’origine roumaine, lui-même réfugié en France qui m’avait pris en charge dans les structures d’amnestie-France quand j’étais en prison et qui dirige une grande firme pharmaceutique, m’a demandé de travailler avec lui. On en était là quand arriva la conférence nationale des forces vives de la nation. Mon ami et co-détenu Robert Tagnon m’a demandé d’intégrer l’Undp du Dr Emile Derlin Zinsou. C’est avec cette formation politique que lui et moi avons été élus aux élections législatives de 1991. Robert Tagnon qui a été le titulaire de la liste est allé au gouvernement du président Nicéphore Dieudonné Soglo et moi son suppléant l’avais remplacé à l’Assemblée nationale. En 1994 et suite à des divergences de points de vue entre Robert Tagnon et moi, j’ai créé mon propre parti politique qui s’appelle le Mouvement pour la démocratie et la solidarité (Mds) avec d’autres amis. C’est avec cette formation politique que j’ai été élu jusque là député à l’Assemblée nationale.

 
-  Revenons maintenant aux faits présents. L’actualité aujourd’hui, c’est la démission de votre collègue Rachidi Gbadamassi du G 13.

  Comme tous les Béninois de tous les camps politiques, qu’on soit de la mouvance ou de l’opposition, c’est la consternation générale. En réalité, la seule personne qui doit s’en réjouir, c’est le président Yayi Boni, l’architecte de cette œuvre de grande corruption. C’est d’ailleurs pourquoi, il a invité notre collègue à le suivre en France. A en croire tous les membres de sa mouvance parlementaire, le chef de l’Etat a vraiment atteint la limite de la déchéance morale. C’est certainement les raisons pour lesquelles tous les députés Fcbe ont refusé de prendre la procuration de Rachidi Gbadamassi. La seule alternative qu’ils ont finalement trouvé plus tard, c’est de remettre cette procuration à un ’’Yoruba’’ élu dans la même circonscription électorale que lui.  
-  Combien a coûté au juste ce débauchage ? On dit que l’argent a beaucoup circulé avant qu’on en arrive à ce résultat.

  Je peux vous le confirmer. Puisque selon les rares personnes à qui notre collègue Gbadamassi a parlé avant de poser son acte, il leur a déclaré que le président Yayi Boni gaspille l’argent du pays et lui-même s’organise déjà pour prendre sa part. Donc par conséquent, la raison fondamentale de cette démission, c’est d’aller prendre l’argent que Yayi Boni gaspille sur le dos du peuple béninois souverain.

 
- Précisément, pouvez-vous nous dire combien-il a touché ?

  Je ne peux pas dire ce qu’il a touché avec précision. Cependant, selon certains de nos amis qui l’ont appelé et qui lui ont conseillé de se contenter de ce qu’il a déjà empoché, il affirme dans sa réponse qu’il n’a pas encore touché la moitié de ce qui lui a été promis. Avant son départ, il dit que c’est juste 350 000 000 de francs cfa qu’on lui a payé cash. Puisse que la moitié de la mise devrait être, selon les uns et les autres, un milliard de nos francs.  

-  Et qui s’est chargé de l’achat du billet d’avion d’Air France qui l’a conduit à Paris ?  

Quand vous avez déjà empoché 350 000 000 f cfa et que vous êtes député avec les atouts du passeport diplomatique, la question du visa pour la France n’est plus un problème, le billet d’avion l’est d’autant moins.

 
-  Des rumeurs les plus persistantes font état de ce que l’homme d’affaires Daouda Lawal aurait été celui qui a facilité le débauchage de votre collègue Rachidi Gbadamassi. Que répondez-vous ?   Ils sont partis ensemble du territoire national. Et selon ses confidences, Rachidi Gbadamassi ajoute qu’il n’aurait pas démissionné sans l’entreprise de Daouda Lawal et d’un autre homme d’affaires du pays dont je préfère garder les noms pour le moment.  

-  Nous avons aussi appris que les députés G 4 Augustin Ahouanvoébla et Jean-Baptiste Edayé étaient aussi dans la logique de rejoindre la mouvance ? Même si le premier l’a démenti de façon formelle.

  C’est ridicule. C’est justement le même Rachidi Gbadamassi qui a organisé ce faux départ avec de fausses signatures. Toujours pour soutirer de l’argent au président Yayi Boni.
Suite....

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