Aledjo-gbadjaa (suite)

-Comment vous expliquez cet état de chose ?

  C’est un drame qui dépasse plutôt l’entendement. C’est au sujet de leur questeur d’actualité sur la magouille et la mauvaise gestion des fonds du sommet de la Cen Sad que Gbadamassi les a piégé. Les collègues Ahouanvoébla et Edayé étaient en train de réunir les signatures pour leurs questions d’actualité quand Rachidi Gbadamassi a surgi. Il leur a promis d’obliger les députés G13 à contresigner. Quand il a pris possession du document, Rachidi Gbadamassi a rejoint aussitôt Cotonou où il est allé présenter le document à une dame proche du pouvoir pour l’escroquer. Le dossier a vite fait le tour et le chef de l’Etat a été contraint de recevoir Gbadamassi très entreprenant. Après avoir montré ses capacités d’aider à classer le dossier, il promet au chef de l’Etat de lui faire débaucher les députés Augustin Ahouanvoébla et Jean-Baptiste Edayé avec un milliard de franc. C’est alors qu’il a été investi de cette mission qui devrait permettre aux Fcbe d’avoir la majorité qu’ils recherchaient depuis des mois à l’Assemblée nationale. Et sans contacter ses deux collègues, Rachidi Gbadamassi a imité leurs signatures sur des lettres de démission qu’il devrait faire légaliser. C’était le plus dur pour lui. Après avoir réfléchi, il s’est rabattu sur une de ses femmes qui réside à Porto-Novo. C’est cette dernière qu’il a envoyée lui gérer le dossier au chef du cinquième arrondissement de la ville. Imprudemment, ce dernier a signé les documents avant de joindre le président de son parti Me Adrien Houngbédji. Le chef du cinquième arrondissement s’est juste contenté d’une décharge de la dame qui lui a promis de lui ramener les cartes d’identité des deux députés. Voilà ce qui s’est passé. Et je dois ajouter que Me Adrien Houngbédji et les Béninois me le pardonnent. Gbadamassi a voulu prendre Houngbédji comme un con, comme celui qui peut cautionner la corruption telle qu’organise le président Yayi Boni au sommet de l’Etat. Cette situation m’attriste surtout quand je constate qu’on cherche à salir l’image du président du plus grand parti du pays. Houngbédji a été deux fois président de notre Assemblée nationale et il sera probablement le prochain chef de l’Etat. Il ne peut cautionner un tel comportement. C’est à ce titre que je trouve que notre collègue Rachidi Gbadamassi est allé trop loin.

 
-  Au regard de vos convictions et votre état d’âme actuel, dites nous le contenu que vous donnerez au G 13 si c’était à refaire

  J’aurais voulu que le G 13 soit ce que nous avons toujours rêvé qu’il fût. A savoir un groupe vraiment intègre, ayant un souci de renforcement de la démocratie, des libertés essentielles, un groupe qui combat la corruption sous toutes ses formes, qui défend le principe de la laïcité de l’Etat et qui défend l’équilibre des institutions de la République. C’est le défaut des yeux et de l’esprit sur ces principes qui ont obligé nos camarades appelés entre temps au gouvernement à décliner l’offre. Parce que nos conditions pour la participation à un gouvernement Yayi Boni ne sont pas encore réunies. Mais, s’il est vrai que nous avons des principes comme boussole, le G 13 n’est pas un groupe de purification morale à l’Assemblée nationale. Nous avons les pieds sur terre et nous sommes bien conscient que pour faire voter de bonnes lois et rejeter les mauvaises, il nous faut compter avec l’arithmétique parlementaire. Cela nous dessert quelques fois et nous sommes obligés de collaborer avec des gens qui agissent comme Rachidi Gbadamassi. Dans tous les cas, le peuple aurait été très déçu. Car, même avec ces principes, nous avons, à chaque fois, perdu. Ainsi, nous faisons avec ceux qui sont avec nous. Je voudrais rappeler à ceux qui sont déçus par ce comportement que Rachidi Gbadamassi, membre du G 13 que dans le combat que nous menons, nous ne fouillons pas dans les poubelles des membres. Et c’est ce que nous disons aux thuriféraires du régime qui critiquent à longueur de journée certains membres du G 13 qui ont par le passé exercé dans l’escorte. Ils auraient voulu confiner l’opposition dans le rôle de gardien de la morale de la République. Mais, regardez-les ! C’est un gouvernement avec au moins cinq repris de justice, des gens qui passent des milliards et des milliards de marché de gré à gré, qui réparent le toit d’une maison à sept milliards, qui construisent le mètre de longueur d’une clôture à 300 000 f cfa. Regardez ceux qui viennent tous cogner le G 13 et les membres de l’opposition. C’est Frédéric Béhanzin et consorts. Regardez aussi ceux qu’ils tentent de débaucher du G 13. Ces gens qu’ils qualifient tous les jours de mafieux, de criminels. Non ! On ne tombera pas dans leur piège. Le peuple a élu 83 députés et c’est parmi eux qui, vaille que vaille, nous jouons avec l’arithmétique parlementaire pour rejeter les mauvaises lois et adopter les bonnes.  

-  Vous semblez ne pas reconnaître ces qualités à Rachidi Gbadamassi. Pourtant vous êtes prêts à le reprendre quand il aura fini son aventure avec le président Yayi Boni. Que répondez-vous ?

  Réalisme politique et arithmétique parlementaire obligeant.  

-  Et que dites vous des informations selon lesquelles c’est le président de l’Upr qui rachète les maisons de Rachidi Gbadamassi chaque fois qu’il manque d’argent ?

  C’est complètement faux. Il y a plus d’un an que j’ai appris cette histoire que nous avons d’ailleurs débattue à trois. Rachidi Gbadamassi, son président Issa Salifou et moi. Issa Salifou m’a avoué n’avoir jamais acheté de maison chez Gbadamassi. Il dit avoir tout fait pour que Gbadamassi ne vende pas de maison au motif qu’il n’a pas de retraite et que ce soit pour qu’au moment de ses vieux jours, il bénéficie des fruits de ces maisons en location. Mais malgré les oppositions et les conseils, Gbadamassi a vendu la maison à un de leurs amis communs. L’information a été d’ailleurs confirmée par Gbadamassi présent ce jour-là. Je vous dis que Issa Salifou n’en a pour rien dans cette affaire. Mieux, c’est bien plus tard qu’il a appris que Rachidi Gbadamassi a vendu cette maison et le nom de l’acquéreur. Nous reviendrons sur cette information avec des pièces à conviction.  

-  Assemblée nationale maintenant. Vos collègues des Fcbe contestent que le troisième rapport Nago a été rejeté et qu’il n’a pas été seulement adopté. Que leur répondez-vous ?

C’est un rejet pur et simple. Il n’y a pas une autre formule pour désigner ce qui s’est passé le jeudi dernier.

 
-  En réalité que reprochez-vous à ce rapport ?

  Nous avons espéré qu’en rejetant pour la première fois le rapport d’activités du président Mathurin Nago comme ses trois autres prédécesseurs, il ferait jouer à l’Assemblée nationale son rôle de contre-pouvoir. Mais hélas ! Il préfère toujours aller jouer le rôle d’un grand ministre avec le président de la République lors des cérémonies d’inauguration.

- Que retenir des polémiques autour de la Lepi ?

  Je suis un ancien parlementaire. La loi sur la Lepi et les tentatives de l’introduire dans nos élections date de 1998, c’est-à-dire la deuxième législature dans le souci de rendre fiables et transparents nos scrutins.. Ce n’est pas Yayi Boni. Mais, ce qui nous inquiète aujourd’hui, c’est ce que le pouvoir actuel veut en faire.

 
- Qu’est-ce que vous craignez au juste ?

  Sacca Fikara : Que la Lepi telle qu’elle est en train d’être pensée ne devienne un instrument de fraude électorale comme au Mali et au Sénégal. Ce que nous ne voulons pas, c’est des propositions telles que c’est le chef de l’Etat qui désignera ou nommera le président de la Cena. S ’il en est ainsi, adieu aux élections prochaines. C’est pourquoi, cette loi n’est programmée que si la majorité bascule dans le camp Yayi Boni. C’est ce combat que nous menons. Vous voyez bien que Yayi Boni n’a pas déboursé tant d’argent pour débaucher Rachidi Gbadamassi pour rien. C’est pour avoir sa majorité et pour avoir la lassitude de manipuler à sa guise la Lepi. Le peuple doit nous comprendre, rester vigilant et nous soutenir.

- Le président Yayi Boni a plutôt été invité pour suivre un match au stade de France par son homologue Nicolas Sarkozy qui ne l’aurait pas reçu en audience. Votre appréciation et votre mot de fin ?
Suite et fin...

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