Affaire Kolmas

Face au silence du chef de l’Etat dans le dossier « Kolmas »:Des documents compromettants sur l’affaire des 5 milliards bientôt dans la rue

26 novembre 2010
La tribune de la capitale

Le chef de l’Etat n’est souvent au courant de rien. Pour l’Affaire Icc-services, il l’a découvert bien plus tard ; aux moments où l’irréparable était fait. Les Béninois l’ont pris pour dire. Mais qu’en est-il de l’affaire « Kolmas », une nébuleuse de 5 milliards qui risque de ternir encore une fois l’image du Bénin ? La presse en parle déjà rien qu’avec les quelques informations qu’elle a à portée de main. Mais, le risque d’en faire également un chou gras dans la presse étrangère est grand, depuis que l’homme d’affaire chinois qui s’est vu escroqué par un Béninois avec la bénédiction, semble t-il, de la haute hiérarchie militaire, à commencer à exprimer sa volonté de faire ventiler des documents secrets ; en sorte, le vrai fond du dossier.

Le Bénin n’a pas fini de faire les frais de la nébuleuse Icc-Services et voilà qu’un autre dossier tout aussi sale que le premier vient d’être révélé à la face du monde : l’Affaire « Kolmas ». Nous en parlions dans nos colonnes il y a quelques jours, attirant l’attention du chef de l’Etat sur les menaces de plus en plus persistantes d’un homme d’affaire chinois opérant le Bénin et le Togo qui a été escroqué à hauteur de 5 milliards par un individu répondant au nom de Flavien Soglo, responsable de la Société Kolmas. Cet expatrié menace en effet de faire de mettre sur la place publique, des documents qui montrent comment Flavien Soglo et ses protecteurs, tapis dans les arcanes du pouvoir et dans le sérail du chef de l’Etat, ont réussi leur coup. De nos recoupements, il ressort que de hauts gradés de l’armée auraient également leurs mains trempées dans cette rocambolesque affaire d’escroquerie qui risque une fois encore de ternir l’image du Bénin.
Le chef de l’Etat, le président Boni Yayi a coutume de dire qu’il n’est au courant de rien. C’est peut-être le cas dans ce dossier où on ne sent pas son implication personnelle pour sauver l’image du Bénin et redonner confiance aux investisseurs étrangers à qui il ne cesse de faire la cour pour l’aider dans sa volonté de faire du Bénin, un pays émergent. Va-t-il attendre que des documents compromettants sortent dans la rue et dans la presse nationale comme internationale avant de réagir et de chercher à comprendre comment les 5 milliards ont pu être soutiré à l’homme d’affaire chinois ? Avec l’expérience du dossier Cen-Sad et surtout de l’affaire Icc-Services, Boni Yayi a grand intérêt à fouiller dans ce dossier qui implique la haute hiérarchie militaire.


Que comprendre de l’affaire « Kolmas » ?
Dans la recherche de ressources pour exécuter un marché, le sieur Flavien Soglo, responsable de la Société Kolmas, fait appel à un opérateur économique chinois intervenant dans notre pays mais basé au Togo. Il présente si bien son affaire que ce dernier mord à l’hameçon et débloque, avec l’appui de sa banque, l’argent sollicité. Plus de 5 milliards de F Cfa ! En réalité, ce qui a facilité au sieur Soglo sa démarche auprès du Chinois, c’est un papier qu’il détient, signé d’un haut responsable de l’armée et dont il a fait usage pour gagner la confiance de son partenaire. Au finish, il se révèle que toute l’affaire est du pipeau. Des 5 milliards, le Chinois n’a pu récupérer un centime. Naturellement, l’affaire est portée devant la Justice. Flavien Soglo est écroué. Alors que l’homme d’affaires floué attendait que justice lui soit rendue, il constate plutôt que tout est fait pour tirer d’affaires Soglo qui est en passe de retrouver sa liberté contre une caution de 500 millions fixée par le juge. En réalité, selon nos investigations, ce prisonnier qui tutoie les hauts gradés de notre respectable armée n’avait jamais été totalement privé de ses mouvements. On l’aurait retrouvé dans tel hôtel ou tel autre lieu de plaisance en train de se la couler douce (sans doute avec l’argent de l’escroquerie) alors qu’il a été fait prisonnier.


La responsabilité de la hiérarchie militaire
Des informations recueilles ici et là et recoupées, il ressort que la responsabilité de la hiérarchie militaire est clairement établie dans cette affaire puisque c’est sur la base du document signé par un des patrons de l’armée que Flavien Soglo a pu réussir son opération. De ce côté, on se défend. Il n’a jamais été question d’une quelconque commande pour l’achat d’équipements militaires au responsable de la société Kolmas comme il l’a prétendu. Il semblerait que si les responsables de l’armée ont eu à poser des actes dans cette affaire, c’est parce qu’il aurait été question non pas d’achat mais de don d’équipements pour l’armée avec le Chinois. Ce qui n’enlève rien à la gravité de la question car on se demande, si tant est qu’il s’agissait de don, les équipements militaires sont-ils du maïs, de la tomate ou des produits de friperie pour sinistrés pour qu’on puisse en laisser la gestion à un quidam (de quelle réputation !) et lui délivrer un document officiel à cette fin. Ce qui est certain, c’est qu’il s’agit d’une affaire de gros sous et, comme ce fut le cas dans l’affaire Icc-services, le cerveau de l’opération a eu l’intelligence de mouiller beaucoup de personnes.


Voilà quelques bribes de cette affaire à rebondissement. Des précisions les plus croustillantes restent à, venir. Le souhait du Béninois lambda, c’est certainement qu’on n’en arrive pas à cette extrémité pour éviter encore une fois au Bénin de se faire ridiculiser à l’échelle internationale. La balle est donc dans le camp du chef de l’Etat qui a tout intérêt à circonscrire le mal.


Carlos AKAMBI

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