abrogation lepi

Le Matinal du 19 mars 2010


Abrogation de la Lépi hier :Les députés bravent Yayi Boni


La Loi No 2009-10 portant Recensement électoral national approfondi (Réna) et établissement de la Liste électorale permanente informatisée (Lépi) a été abrogée le jeudi 18 mars 2010. Un véritable camouflet pour la majorité présidentielle et son chef Yayi Boni. Non pas sans conséquence. 46 pour, 33 contre et 00 abstention. Au sein du G 13, Nassirou Bako Arifari a été le seul à ne pas prendre part au vote.

 

Idem pour son collègue Samou Séïdou Adambi du groupe parlementaire Sursaut patriotique. Quant à Justine Chodaton de la Renaissance du Bénin, elle a voté contre l’abrogation. C’est par ce vote que le processus devant aboutir à la réalisation de la Lepi a été rangé au placard. Une victoire de l’opposition sur la mouvance, pourrait-on dire. Ainsi l’Union fait la Nation est allée jusqu’au bout de ses intentions en réussissant à réunir la majorité. Les péripéties qui ont conduit à ce vote expriment que de part et d’autres, l’on ne voulait laisser rien passer. Mais c’est celui qui a su bien jouer en usant de tact et d’arguments valables qui a remporté la bataille. Rires de l’opposition, pleures de la mouvance, le scénario était pourtant envisagé par nombre d’observateurs, vu la tournure qu’ont pris les débats, tant à l’Assemblée nationale que dans les états majors des blocs politiques. De même malgré les efforts d’intermédiation du Pnud et du Clergé Catholique, les adversaires du chef de l’Etat ont mis en exécution leur plan. Une série de conséquences est inévitable. La première concerne le cas Nassirou Bako Arifari qui vient de succéder à Epiphane Quenum à la tête de la Commission politique de supervision de la Lépi (Cps-Lépi). Etant donné que sa légitimité se repose sur la Loi abrogée, il perd du coup son portefeuille. Tous les actes posés jusque-là devront être repris à zéro. Depuis le Recensement électoral national approfondi et par ce truchement les opérations de la cartographie censitaire. Mieux, il s’en suit la perte de tous les milliards qui y ont été engloutis.

Et puis, il reste aux bailleurs de fonds qui interviennent dans le processus de faire des options. Accepteront-ils de suivre les initiateurs de l’abrogation de la Lépi dans leur schéma ou fermeront-ils définitivement la page Lepi pour ce qui concerne le Bénin ? Bien Malin est celui qui pourrait y répondre sans prendre le risque de se tromper. Cependant, il y a une constance. On disait qu’ils n’appréciaient pas la façon dont le débat était conduit et ont œuvré avec les grands moyens pour que le pays soit doté d’un fichier électoral crédible, fiable pour garantir des élections moins contestables. Dans ces conditions, ces bailleurs de fonds pourraient bien tourner dos au Bénin. Sur un autre plan, on est en droit de se demander ce qui se passera dans une semaine au cas où le président de l’Assemblée nationale accédera à la demande d’ouverture d’une deuxième session extraordinaire pour se pencher sur la proposition de loi initiée par l’‘’Union fait la nation’’ pour suppléer à la Lépi abrogée. C’est là, la toute première conséquence politique de l’acte posé par l’opposition hier. Maintenant, c’est probablement au tour de la mouvance de ne pas accéder à l’appel de l’Union fait la nation. Comme il faut s’en apercevoir, en clôturant la session hier, le président Mathurin Coffi Nago a évité de faire cas de la demande d’une autre session pour se pencher sur le nouveau texte sur la Lépi. Il ne devrait en être autrement quand on connaît les manœuvres mises en œuvre et à l’issue desquelles le dossier leur a filé entre les doigts et les conditions dans lesquelles leur vis-à-vis pourraient tenter de leur imposer une autre loi. Or, dans le cas d’espèce l’opposition réclame une parité dans la composition de la Cps-Lepi. Sur les 11 membres de la structure, l’opposition réclame 05, concède 05 au gouvernement et attribue le seul siège restant à la Société civile. Autant de situations que le gouvernement ne peut accepter par ces temps qui courent et pourrait s’organiser désormais comme le camp qui rejette désormais la Lepi. Simplement parce que l’opposition aura repris la situation en main et a su profiter de sa majorité actuelle pour obliger la convocation en procédure d’urgence d’une session extraordinaire pour le jeudi prochain.

Jean-Christophe Houngbo (Br. Ouémé/Plateau