A propos de 4è gouvernement

4è gouvernement du Dr Boni Yayi : Un véritable panier à crabes : Enfin ! Le Chef de l’Etat, le Dr Boni Yayi a formé son gouvernement.

La Presse du Jour du 20 juin 2010

Malheureusement, l’éléphant annoncé est venu avec des jambes déjà cassées. Pour l’opinion publique, ce gouvernement dit de combat n’en est pas un, car il contribuera plutôt à accentuer la guerre des clans autour du Chef de l’Etat. Qu’est-ce que le peuple peut attendre d’un gouvernement de copains et de coquins ? Rien véritablement.

La résolution des nombreux problèmes que rencontrent les populations ne semble pas être une priorité pour le Chef de l’Etat, le Dr Boni Yayi. La seule chose à laquelle s’accroche le Prince du changement, c’est son maintien au pouvoir. Les actes qu’il pose tous les jours le confirment d’ailleurs. Mais au fur et à mesure qu’on s’approche de la date fatidique de mars 2011, on s’aperçoit tout simplement que le Chef de l’Etat se met la corde au cou. Le dernier gouvernement dit de combat qu’il vient de rendre public montre que le Président Boni Yayi est sans nul doute à la base des nombreux conflits qui secouent les formations politiques béninoises. L’entrée dans ce gouvernement de certaines personnalités apporte la preuve que le Chef de l’Etat a peiné avant de mettre en place son équipe gouvernementale. Pour se donner en effet bonne conscience, le Président Boni Yayi n’a pas hésité à faire appel à ceux qui, dans un passé assez récent, l’ont vilipendé. Que peut véritablement faire un gouvernement de gens confiés ou recommandés, comme l’a révélé Mme Claudine Prudencio qui n’a pas caché qu’elle bénéficie de la couverture de l’ancien Président Emile Derlin Zinsou ? C’est en tout cas la question que se posent aujourd’hui certains Béninois. En vérité, par ce gouvernement, le Chef de l’Etat, le Dr Boni Yayi a réussi un exploit, celui exacerber des crises au sein de certaines familles politiques. Et cela confirme à bien des égards les thèses selon lesquelles c’était lui qui serait à la base des dissensions au sein du G13, de l’Udd, de l’Undp, du Pur, du Rpr et même de la RB. Plutôt que de préserver autour de lui une certaine cohésion, le Chef de l’Etat a préféré aggraver les dissensions en créant de nouveaux leaders dans certains pôles politiques de notre pays. L’entrée de M. Aké Natondé au gouvernement en est un exemple. La promotion de ce cadre du secteur de l’éducation nationale au gouvernement ne vise d’ailleurs qu’un seul objectif : affaiblir dans la région Agonlin l’honorable Janvier Yahouédéhou qui a commis le péché de mettre le doigt dans une plaie qu’on appelle gabégie au sommet de l’Etat, corruption et dilapidation des ressources publiques érigées en système de gestion à l’ère du changement. Ne pouvant plus donc compter sur Roger Dovonou qui a perdu lui aussi la protection de certaines têtes couronnées, le Chef de l’Etat a préféré promouvoir son joker Aké Natondé qui s’est déjà annoncé par des actions sur le terrain en construisant des salles de classes. Pour des observateurs de la vie publique, il est désormais clair que le Chef de l’Etat a fait l’option de tourner la page Janvier Yahouédéhou. Reste à savoir si son joker pourra tenir le coup contre le député qui, apparemment, n’a plus rien à perdre.

Calavi prend un coup avec son Pur

Aussi curieux que cela puisse paraître, les griefs du Chef de l’Etat contre certains ministres à qui il ne fait plus confiance ne se sont pas limités à la région Agonlin. Elle d’Abomey-Calavi est aussi concernée avec le départ de Victor Topanou que le Président de la République a abandonné au profit de M. Gérard Kuassi, un des lieutenants des premières heures de sa victoire. Que va maintenant devenir le ministre Victor Topanou qui a gravi tous les échelons auprès du Chef de l’Etat ? Que vont devenir les déclarations qu’il a eu à faire lors de l’Assemble constitutive de son parti ? Voilà autant de questions que se posent beaucoup de Béninois. Comme on peut le constater, Victor Topanou a fait les frais de sa trop grande confiance à Boni Yayi. Il croyait qu’il était intouchable. Mais hélas. Les nombreuses fiches qui ont été produites contre lui, ont eu raison de lui. Ce n’est peut être pas le moment de prononcer sa déchéance politique, mais à l’allure où vont les choses, il y a bien des raisons de s’inquiéter pour lui.

Un gros revers pour Davo et Ouaga

Celui dont le cas retient l’attention des Béninois est Bernard Lani Davo. Pour gagner ses galons auprès du Dr Boni Yayi, il a fallu qu’il coupe les liens avec Bruno Amoussou. Mais, malheureusement, le fait qu’il n’ait pas réussi à le détrôner lui a été fatale. Tout comme le jeune ministre Léandre Ouaga, il va rejoindre le panthéon des anciens ministres de Boni Yayi puisque ce dernier s’est trouvé un autre leader dans le Couffo en la personne de M Michel Sogbossi, précédemment Directeur du Cerpa Mono-Couffo. Promu ministre de l’agriculture, M. Sogbossi n’aura qu’une seule ambition, se tailler un manteau de nouveau leader. Logiquement, il y aura donc un effet d’entraînement qui contribuera à assécher le marigot Lani Davo qui existait du fait de sa position de ministre de l’enseignement secondaire d’alors. Sans peut être s’en rendre compte, le Chef de l’Etat a contribué à la fragilisation de son électorat du Couffo. Ce qui, logiquement, profite à Bruno Amoussou.

So Ava, la prime à la transhumance

En débarquant Etienne Kossi, le Dr Boni Yayi a voulu donner satisfaction aux militants FCBE de la Commune de So Ava qui conditionnent leur soutien au Président de la République en 2011 à la promotion de l’un des leurs à un poste ministériel. Maintenant que c’est fait, il pourra donc compter sur eux. Mais en revanche, c’est la grosse masse des militants Fcbe de la 6è circonscription électorale concentrée dans les communes d’Abomey-Calavi, de Zê, de Tori Bossito qui vont lui tourner dos car, si Etienne Kossi n’a pas pu détrôner Valentin Houdé, ce n’est pas le transfuge Clément Dègbo qui le ferait. Le moins qu’on puisse aujourd’hui dire d’ailleurs est que la nomination de M Clément Dègbo crée beaucoup de problème qu’elle n’en résout. Non seulement elle constitue une prime à la transhumance, mais aussi et surtout, elle pourrait rapprocher les déçus Fcbe du Fpr de Valentin Aditi Houdé, l’incontestable homme fort de Zê.
Qu’on le veuille ou non, Boni Yayi s’est mis la corde au cou avec ce gouvernement qui ressemble beaucoup plus à un panier à crabes. Quel type de relations développera en effet Mme Réckya Madougou avec Modeste Kérékou qui l’avait traité de tous les noms quand celle a osé s’en prendre à son géniteur ? La question mérite en tout cas d’être posée. Pour le moment on peut méditer sur cette phrase d’un grand politicien qui disait que « L’amateurisme conduit au trébuchement constant, à l’accumulation des échecs ». C’est malheureusement ce à quoi on assiste aujourd’hui.

Porto-Novo, le grand perdant

Les militants FCBE de la ville de Porto-Novo doivent maintenant savoir qu’ils ne sont pas dans le schéma de Boni Yayi. Autrement, ils auraient fait aussi leur entrée au gouvernement. Mais hélas, malgré les marches de soutien, les meetings qu’il a organisés et réorganisés, Me Jacques Migan qui espérait une place au soleil du changement est bel et bien laissé sur le carreau. Et pourtant, les gens n’ont pas fait mieux que lui. C’est dire donc que Porto-Novo et ses fils doivent savoir où se trouvent leurs intérêts. C’est le moment pour eux de comprendre qu’ils ne sont d’aucune utilité pour l’actuel locataire du Palais de la Marina qui se rend compte au jour le jour que Porto-Novo est une citadelle imprenable.

Célestine Zanou, Jean-Michel Abimbola… les oubliés ?

La chance n’a pas souri à Mme Célestine Zanou encore moins à M. Jean-Michel Abimbola qui étaient pourtant pressentis pour faire partie de la nouvelle équipe gouvernementale du Docteur-Président. Les différentes opérations de charme qu’ils ont organisées n’ont pas suffi à séduire le Chef de l’Etat. Ils ne doivent pas se décourager. Peut être que demain se lèvera pour eux le bon jour. Claudine Prudencio a été recommandée plusieurs fois sans succès par le Dr Emile Derlin Zinsou pour participer au gouvernement du changement. Mais lorsque l’heure de Dieu a sonné, elle a été appelée par le Président de la République. Elle a su attendre donc son tour. Appartenir au gouvernement du Dr Boni Yayi est donc une affaire de chance.

Mauvais ministres, bons conseillers : la liste va s’allonger

La question que se posent aujourd’hui beaucoup de Béninois concerne le sort qui sera réservé aux huit ministres sortis du gouvernement. Dans leur grande majorité, ils se sont illustrés sur le terrain par des actions ayant pour finalité la réélection du Dr Boni Yayi en 2011. C’est peut être ce qui va les retenir encore dans l’entourage du boss. On ne doit pas s’étonner que ces «mauvais ministres» soient promus d’ici à là bons conseillers. On se fout en tout cas de ce que dira la Banque Mondiale, le Fmi, les syndicalistes, la société civile et la rue.

Les femmes toujours mal récompensées

Les 30% de femmes dans un gouvernement de 30 ministres équivalent à quatre portefeuilles ministériels. C’est le cadeau fait aux femmes. Et plus sérieux, ce n’est qu’un seul changement. On a sorti une femme du gouvernement pour la remplacer par une autre. Le nombre n’a donc pas varié par rapport à l’ancien gouvernement. Aux femmes qui ont joué des pieds et des mains, et à celles qui ont même tenté de renier leurs convictions pour pouvoir rentrer au gouvernement de jubiler à présent en appréciant la décision finale du Chef de l’Etat. Mais déjà, une chose est claire. Les hommes de la mouvance leur demandent de se battre plutôt pour mériter les nominations. Ce qui veut dire qu’il n’y aura plus de cadeaux. Certains ont estimé que des contingences ont obligé le Chef de l’Etat à ne pas honorer sa promesse. Désormais régler sur quatre portefeuilles contre 9, il revient aux femmes de savoir si leur rôle aux yeux des hommes est autre chose que d’aller remplir les salles de meetings politiques pour chanter et danser. Même si elles estiment être 52% de la population, elles ne sont pas encore prêtes à s’assumer les poids. Faiseuses de rois, elles peuvent continuer de ruminer leur rêve d’avoir 9 femmes dans le gouvernement du changement jusqu’au mois d’ avril 2011. Peut-être que la chance leur sourira.

Dossier réalisé par Affissou Anonrin et Guy Constant Ehoumi

 

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